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UNE SERIE DE MATTHEW WEINER
Attention Spoilers !
Bienvenue dans l’Amérique des années 60 ! Mad Men, c’est l’appellation qu’on donnait à ces hommes de l’âge d’or de la
publicité. De gros budgets, un public relativement influençable et pour les publicitaires la sensation de contrôler le monde. Nous pénétrons dans une agence précise, l’agence Sterling Cooper.
Dirigée par Roger Sterling (John Slattery), cette boite accueille aussi bien des clients désireux de vendre des cigarettes Lucky Strike que des laxatifs, des rouges à lèvres ou
un candidat aux présidentielles comme Nixon. Dans les bureaux : des rédacteurs, des créatifs, des responsables budgets : une majorité d’hommes, souvent misogynes, parfois trop
ambitieux. A leur service, des secrétaires. Heureuses d’être des femmes qui travaillent, refusant rarement les avances de leurs supérieurs, discrètes, dociles. La série nous propose de rentrer
dans un univers fait de désenchantements à travers plusieurs personnages aussi typiques que charismatiques.
Le personnage principal n’est autre que Donald Draper (Jon Hamm). La trentaine, très bel homme, le fantasme de toutes
les ménagères. Bourré de bonnes idées pour son agence, admiré de tous, charmeur, fort. Mais on comprend bien vite en le voyant fumer ses cigarettes d’un air inquiet que quelque chose cloche. Une
double identité, un passé douloureux : au fil des épisodes notre héros se dévoile être un usurpateur. S’il est irrésistible, Don Draper trompe à tout va. Marié à la douce mais fragile Betty,
père de deux enfants, il passe de nombreux moments hors de la maison pour voir sa maitresse. Une maitresse à qui il pense quand il peut inviter quelqu’un en voyage à Paris, une maitresse avec
laquelle il serait prêt à tout quitter. Parce qu’il s’agit là de l’amour véritable ? Non. Tout simplement parce que cet homme que l’on croirait indestructible est avant tout un petit garçon
apeuré et un sacré lâche. La maitresse oubliée, il en trouvera une autre sous les traits d’une cliente juive, femme active mais trop sensible à son charme. Plusieurs fois, Don pense à prendre la
fuite sans états d’âmes. Il pourrait quitter du jour au lendemain sa femme et ses enfants. Et si le passage à l’acte ne se fera pas concrètement, le fait qu’il ait été prêt à le faire en dit
long sur lui. Alors que sa maitresse lui fait remarquer qu’il laisserait ses enfants sans leur père, il répond qu’il leur laisserait de l’argent. L’argent semble être toujours la solution pour
cet homme qui a également envoyé balader son frère avec une bonne grosse mallette de billets verts…
L’infidélité, la tromperie, le mensonge, sont les éléments clés du show. Normal quelque part pour une fiction se passant dans
l’univers de la publicité. Pratiquement tous les hommes trompent leur femme avec une secrétaire, sans jamais avoir le moindre scrupule. Dans leurs bureaux on les voit s’amuser comme des gosses,
picoler, se chamailler. Des enfants trop gâtés. Dans Mad Men, les messieurs préfèrent se confesser à leurs maitresses. C’est le cas de Don qui se livre à sa belle cliente ou de Robert qui
enchaine les déclarations à sa Joan qu’il rêverait d’enfermer dans un appartement comme un oiseau en cage. Comme si les confessions ne pouvaient se faire au foyer, comme s’il était inacceptable
de briser cette image du couple ou de la famille parfaite, image clichée, image de publicité loin des réalités.
Les personnages féminins constituent une des grandes forces de la série. Betty (January Jones), la femme trompée de
Don, est un personnage fascinant. Blonde sublime, lisse, mère attentive, parfaite femme au foyer. Sa naïveté va être mise à rude épreuve et l’angoisse va progressivement la gagner. Mari peu
présent, un quotidien qui se répète, des rêves de mannequinat qui s’éloignent pour de bon…Betty n’a rien à envier aux Desperate Housewives. Petit à petit, le vernis craque, des conflits avec des
voisines se créent, la tentation de l’adultère lui passe par la tête, les séances chez les psy ouvrent des plaies…Des séances que paie Don, des séances truquées puisque le mari appelle le psy
pour savoir tout ce que sa femme lui raconte ! Betty est un personnage qui souffre en silence et qui spontanément peut laisser éclater sa violence par une gifle ou un tir sur des
pigeons.
Les autres protagonistes de sexe féminin sont des secrétaires. On retiendra surtout Peggy Olsen (Elisabeth Moss),
jeune fille de Province qui débarque à Manhattan et fait ses débuts de secrétaire chez Sterling Cooper. A l’enthousiasme laisse place la vision d’un monde d’hommes impitoyables et souvent
répugnants. Mais Peggy ne perd jamais son sérieux, elle se tue presque à la tâche et va rapidement se révéler être plus qu’une potiche qui tape sur une machine à écrire. Elle lance des idées pour
des campagnes, parvient à se faire respecter et au final sera promue comme rédactrice junior. De quoi faire taire les mauvaises langues qui guettaient avec sarcasme sa fulgurante prise de poids
(qui sera en fait une grossesse : dans le dernier épisode de la saison, Peggy accouche et semble être prête à abandonner son bébé sur l’autel de l’ambition).
Autre secrétaire phare de l’agence, Joan Holloway (Christina Hendricks). Une belle rouquine aux formes généreuses qui
couche avec le boss. C’est un peu la « reine mère », celle qui apprend aux nouvelles à comment bien se tenir et à ne pas se discréditer. Séductrice, un poil manipulatrice, Joan est une
femme qui ne demande rien et qui sauve toujours les apparences. Mais si elle ne laisse jamais rien paraître, on devine qu’il y a bien beaucoup de souffrance ou de frustrations en elle.
Mad Men dresse le portrait d’hommes et de femmes qui semblent ne pas pouvoir se comprendre, aux sensibilités parfois extrêmement
opposées. Le seul point commun de tous les personnages est de cacher des douleurs intimes. Difficile d’être épanoui, satisfait. On le conceptualise bien pour une campagne publicitaire, mais dans
la vie les choses sont plus complexes. C’est un portrait d’une Amérique en mutation, en proie aux désenchantements. On rentre dans les frustrations de chacun, on voit les pires facettes de l’âme
humaine. Un personnage comme celui de Pete Campbell (Vincent Kartheiser), jeune loup rongé par ses ambitions et souvent cruel, en est un parfait exemple.
A la photographie glamour et la réalisation très soignée s’oppose un scénario brillant et qui n’hésite pas à creuser en profondeur les
failles d’un modèle américain qui n’est qu’un leurre. L’oisiveté laisse place à une douleur sourde, les cigarettes se consument. Mad Men est une série passionnante et virtuose à la mélancolie
aussi bouleversante qu’irrésistible. Une première saison impressionnante.
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