Lundi 15 décembre 2008
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Crédits Photos : Bac Films
Ils s'appellent Ismaël, Julie et Alice. Ils sont jeunes, se baladent énergiquement dans Paris et vivent près de la Place de la Bastille. Dans les rues, près d'eux, des gens de tous les jours, des
clochards, une affiche du Parti socialiste déchirée. En fond, des marins. En fond, des références : il y en a toujours dans le cinéma de Christophe Honoré. 17
fois Cécile Cassard laissait ainsi place à un numéro inattendu et ensoleillé où Romain Duris reprenait la chanson du Lola de Demy. Avec
Dans Paris, notre réalisateur-écrivain-scénariste-auteur de pièce de théâtre filmait la capitale tel un musée du cinéma post Nouvelle Vague, tout en faisant
chanter Romain Duris et Joana Preiss afin qu'ils se déclarent avec pudeur leur amour. Dans Les chansons d'amour, la référence à
Demy est claire de par son découpage en trois parties identique à celui des Parapluies de Cherbourg. Et puis Ludivine Sagnier décolorée en
blonde évoque Deneuve. Louis Garrel reprend quelques mimiques à la Léaud tout en apportant sa touche personnelle... Le cinéma de
Christophe Honoré, certains le qualifient d'un vulgaire copier/coller de la Nouvelle Vague. un cinéma pompé sur Truffaut,
Godard et consorts. Qu'ils retournent dans leur dictionnaire et cherche la signification du mot "influence" ou "référence". Car si le réalisateur déclare sans complexes son
amour à la période de l'âge d'or du cinéma français, il possède bel et bien sa propre façon de filmer et une véritable personnalité. Les chansons d'amour confirme ce désir d'un
cinéma libéré, tourné dans l'urgence avec tout ce que cela peut apporter de justesse et de fraicheur.
Mais de quoi ça parle au juste ces Chansons d'amour ? C'est l'histoire d'Ismaël (Garrel) et de Julie (Ludivine Sagnier). Ils sont ensemble
depuis 8 ans, il est adoré de sa belle famille et fait marrer tout le monde...mais leur couple bat de l'aile. Depuis un mois, ils testent un ménage à trois avec Alice (Clothilde
Hesme) , une collègue de bureau d'Ismaël. Voilà pour planter le décor. Au début, on hésite à rentrer dans le film : se mélangent moments d'un cinéma touché par la grâce (lors des
chansons De bonnes raisons ou Je n'aime que toi) et scénettes maladroites (début de la chanson La Bastille). Mais ,très vite, le spectateur est
susceptible de tomber follement amoureux du film. Car on a l'impression de se balader avec les personnages dans les rues populaires de Paris, de partager leur intimité dans leurs petits
appartements. Les scènes avec le trio Garrel/Sagnier/Hesme se révèlent jubilatoires et les dialogues font mouche. De même, aucun second rôle n'est sous exploité. Les scénes
parlées et les scènes chantées se succèdent avec brio, de façon assez magique. Ca fonctionne. Peut-être parce que les paroles des chansons nous touchent, peut-être encore parce que
Christophe Honoré les exploite d'une formidable façon. Les passages " en chanté" ne sont pas là pour faire joli, ils dévoilent les sentiments profonds des personnages, ce qu'ils
ne sauraient dire en parlant normalement, leurs pensées intimes. Et par la chanson, on peut faire passer des tas d'émotions, le réalisateur l'a compris et utilise avec malice la recette. Les
chansons du film nous émoustillent, nous transpercent. La caméra légère, on trouve le spectacle plaisant.
Et puis Boom, survient la mort de Julie. Dès lors, le film prend un grand tournant. L'ivresse de la jeunesse laisse place au deuil. Et le deuil, Christophe Honoré ça le connait :
de 17 fois (mari mort) à Dans Paris (soeur décédée) en passant par Ma mère (père mort) ou encore son téléfilm Tout contre Léo (mort annoncée), le réalisateur a
toujours placé un cadavre quelque part. La mort de Julie donne une dimension dramatique au film mais la magie ne s'éteint pas. Jusqu' à son final, le film sera touché par la grâce , parfait de
bout en bout. Si Ludivine Sagnier n'est plus à l'écran , elle hante tout le monde, le spectateur compris. Sa réapparition pour la chanson Si tard est à
tomber à la renverse tant le plan de Garrel pleurant et avancant dans le noir avec elle bloquée au loin est sublime. Face au deuil , les réactions varient : on fuit le
problème ou on l'affronte. Chacun cherche à se reconstruire , parfois maladroitement au point de se détruire. La soeur de Julie ,interprétée par Chiara Mastroianni, se révèle
alors être un personnage particulièrement touchant. Et l'introduction inattendue et légère du jeune breton Erwann (Grégoire Leprince-Ringuet) dans l'intrigue vient une fois
de plus chambouler le scénario. Car la vie est imprévisible, car l'amour tombe quand on ne s'y attend pas. Légèreté et gravité cohabitent encore et encore, le jeu de Garrel
s'étoffe, l'androgyne Alice cède sa place au prince charmant blond. Honoré nous offre un film ouvert, sensible et sans tabous. Un long-métrage où l'homosexualité est filmée avec
bon goût et une rare tendresse. Dans la grisaille de Paris, les coeurs s'ouvrent, se ferment, se parlent.
Un film qui vous fait rire, rêver, vous sentir léger, qui vous donne la chair de poule, vous fait même pleurer par la beauté de ses scènes et la justesse de son histoire
: ça existe et ça s'appelle Les chansons d'amour. Un grand film est dans les salles, une histoire universelle qui fera vibrer les cinéphiles pendant quelques temps
(sinon longtemps). Dans Paris était mon film français préféré de 2006, en 2007 je n'ai pas pu trouver de films aussi sublimes que celui-ci. Je suis amoureux.
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