Dimanche 11 juillet 2010
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UN FILM DE TODD VEROW
Dans un coin paumé du Maine, Joe (Brad Hallowell) ne pense qu’à une chose : partir, le plus loin
possible. Il espère être admis à l’école d’art et de design de Rhode Island. En attendant, il traine avec son ami de toujours, le beau Andrew (Gregory J. Lucas), qu’il pense
hétéro mais qui hante tout de même ses fantasmes. Pas facile d’être gay dans une ville isolée. Joe se retrouve alors à trainer dans les toilettes publics où parfois des rencontres sont possibles.
Il tombera notamment par hasard sur un de ses profs…Joe n’est pas le seul à rêver d’un ailleurs : sa sœur , qui travaille comme caissière, espère aussi un jour quitter sa ville natale. Les
évènements finissent par se bousculer : Andrew et Joe s’embrassent et se mettent ensemble, la sœur de ce dernier trouve un plan pour payer son billet d’avion pour Los Angeles, Joe pose nu
pour un artiste local avec lequel il va tisser une relation amicale…Tranches de vie de personnages perdus et confrontés à un monde violent où parfois la liberté coûte cher…
Encore assez méconnu en France, Todd Verow est un cinéaste spécialisé dans les « gay themed
movie » qui mérite amplement qu’on s’arrête sur son parcours. Ses productions sont globalement toujours fauchées, ses casting essentiellement amateurs. Les maladresses sont toujours un peu
présentes, il a fait du tournage en DV sa spécialité. On le surnommerait d’ailleurs « le roi de la DV ». Car avec ses moyens dérisoires, ce réalisateur parvient à capter l’errance d’une
certaine jeunesse avec une force et une authenticité rares. Vacationland ne déroge pas à la règle : nous y suivons Joe, joli garçon un peu stéréotypé « minet qui passe
son temps à la piscine », un peu naïf. On découvre son quotidien assez pathétique (mère qui se fait battre, ville où il ne se passe rien, fantasmes sur le meilleur ami présumé hétéro) et on
finit par embrasser nous aussi ses rêves d’évasion.
L’œuvre est en partie autobiographique, Todd Verow ayant été à l’école de Rhode Island et ayant lui aussi tout fait
pour fuir sa ville natale. Il y a donc quelque chose de très personnel, des passages qu’on sent comme à vif. La DV apporte un côté frontal, presque documentaire même si le scénario se chargera
vite de nous rappeler que nous sommes bien en pleine fiction, reprenant les obsessions de l’artiste (l’amour passion, l’addiction, la violence, la mort, la prostitution). Alors que Joe et Andrew
se mettent ensemble, qu’Andrew quitte sa petite amie « prétexte », on pourrait croire que le rêve va se réaliser. Les deux amoureux vont à la découverte du club gay du coin,
imaginent un chemin à parcourir ensemble. Pourtant ils vont se heurter à leurs paradoxes, à leurs rêves inassouvis et leurs souvenirs douloureux. Joe ayant notamment été abusé étant petit.
Beaucoup de rebondissements, de passages difficiles à la frontière du glauque…Todd Verow parvient pourtant à tout gérer, à travailler merveilleusement ses personnages secondaires et à tisser un
portrait habile d’une jeunesse larguée qui se fait bouffer par le monde dans lequel elle évolue, dévorer par ses rêves.
Tout le monde n’en sortira pas grandi, certains protagonistes connaissant une issue tragique. De banale tranche de vie
d’une bourgade isolée, Todd Verow dessine une sorte de thriller sur la fin de l’adolescence, noir, bourré de désillusions mais où un zeste d’espoir subsiste toujours. Il y a dans son cinéma une
folle sensibilité, un certain regard qui fait que malgré le côté cheap de l’ensemble on ne peut que se laisser transporter.
Film produit en 2006
Disponible en DVD
Todd Verow sur Tadah ! Blog : Deleted Scenes et Herrengedeck
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