Vendredi 19 février 2010
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UN FILM DE DARIELLE TILLON
Conditions de visionnage : vu en avant-première grâce à l’attaché de presse du film.
David (Mélaine Lebreton) et Eric (Mickael Rebouilleau) sont deux frères d’une vingtaine d’années.
Ils tiennent « Le ranch », snack bar d’un camping au milieu des dunes d’une immense plage normande. Ambiance de fin de saison, c’est le désert. David et la jeune monitrice du poney club
du coin se tournent autour. Tout est calme. Un calme effrayant car on pressent que quelque chose est en marche. Eric rencontre un vieil homme mystérieux qui lui propose une étrange affaire. Dès
lors, il apparaît comme changé aux yeux de son frère. Et soudain, il disparaît. David ne comprend pas ce qui se passe et ,las de baigner dans l’incertitude, décide d’aller à sa recherche. Il
atterrit en Bulgarie, une terre dont il ne saisit ni les codes ni la langue. Vient sur son chemin une jeune femme douce et rassurante: Anna. Ensemble, ils vont tenter de retrouver la trace du
frère disparu, quitte à tomber sur de fâcheuses surprises…
Il y aurait beaucoup à redire concernant ce premier long-métrage fauché, avec ses acteurs majoritairement non professionnels, son ton
qui n’est pas toujours juste, ses effets pas toujours crédibles. Pourtant, au-delà de la maladresse et des approximations, on peut se sentir dès le départ comme happé. Est-ce la mystérieuse
beauté des paysages, de la nature qui s’agite ? Est-ce cette sensation de voir des personnages qui par leurs dialogues élémentaires, leur côté un peu sauvage provoquent une identification
inattendue ? Toute personne ayant grandi dans un coin paumé se retrouvera forcément un minimum dans ce projet au scénario volontairement énigmatique et à la réalisation discrète mais non
dénuée de poésie.
La façon qu’a la réalisatrice de filmer ces jeunes relève souvent du documentaire. Et la grande force d’Une nouvelle ère
glaciaire est de mêler ce côté réaliste à quelque chose de complètement abstrait, de fuyant. Exemple le plus parlant : une scène de concert. Un concert de hardrock où le chanteur
hurle, où le public se lâche. A cet instant de vérité s’opposent des plans beaucoup plus stylisés, fictionnels : Eric, le frère qui change, qui veut fuir son trou paumé, entre en transe, se
débat peut-être avec lui-même au milieu de la fureur des stroboscopes rouges. Il y a de l’idée, il y a un univers, il y a un courage.

Alors certes, le ton du film est particulier. Certains dialoguent déroutent, peuvent paraître faux. Mais en même temps dans leurs
maladresses, certains passages provoquent des choses très étranges. Comme l’apparition de ce vieil homme qui propose un trafic de voiture. On aurait vite fait de dire que l’acteur en fait trop.
Mais étrangement ce mec est flippant, dégage quelque chose de très glauque, morbide. On a l’impression qu’il emmène les jeunes vers la mort. Tout le métrage durant , le spectateur sera
désorienté. Approche documentaire ? Pure fiction ou bien science-fiction ? On est comme David, garçon perdu à la recherche de son frère, étranger dans un monde menaçant car
inconnu.
Si le scénario finit par apporter une conclusion (un peu trop appuyée) , il n’empêche qu’aucune révélation n’enlèvera à ce film son
statut d’œuvre abstraite. Relation brisée entre deux frères qui ne regardent plus vers la même direction ; chronique de la jeunesse d’un coin isolé ; rapport à la terre natale ;
peur de l’étranger, de l’inconnu : de nombreux thèmes sont à trouver, à s’approprier. Et si le voyage n’est pas toujours confortable, s’il est à mille lieux des productions francaises
habituelles, il finit par tirer de ses manques et loupés un charme certain qui fait qu’on s’y attache avec une belle tendresse.
Sortie en salles le 24 février 2010
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