Vendredi 2 juillet 2010
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Eté chargé pour les amoureux d'art contemporain en cette année 2010. Jusqu’au 05 septembre, le Palais
de Tokyo s’associe à son voisin, le Musée d’Art Moderne de Paris pour l’exposition DYNASTY. Titre en clin d’œil à la fameuse série du même nom pour
une visite sensée « révéler l’énergie, les paradoxes et les interrogations d’une génération ». 2 lieux, 40 artistes, pour 80 propositions réparties entre les deux espaces.
J’avoue que j’en attendais beaucoup car la première exposition que j’ai faite en arrivant à Paris, c’était au Palais de Tokyo. Ca s’appellait Notre Histoire et on pouvait y voir
des tas d’œuvres de jeunes artistes dans un esprit particulièrement pop et ludique. Cette exposition-ci apparaît à la sortie comme plus « sérieuse », un peu moins fun mais en même temps
extrêmement dense. C’est bien simple : j’ai mis trois heures à en faire le tour (et encore je n’ai pas regardé toutes les vidéos proposées dans leur intégralité). Comme dirait l’autre
« on en a pour son argent » et il vaut mieux prévoir du temps pour ne pas passer à côté de certaines installations.
Je commence au Musée d’Art moderne de Paris.
Premier coup de cœur : les vidéos Partis pour Croatan de Gaëlle Boucand.
Des vidéos savamment réparties dans le Musée d’art moderne de Paris et dans lesquelles on retrouve des jeunes dans des champs en train de faire la fête. Son brouillé, insouciance, conversations
qui tournent à vide, moments joyeux et improbables. On a déjà entendu parlé mille fois de cette jeunesse défoncée et déconnectée mais curieusement ces images nous accrochent d’emblée. Il y a
quelque chose d’hypnotique. A la fois terrifiant, pathétique, drôle et touchant. Petit extrait choisi de conversation pour le plaisir :
« Tu crois que tu peux te noyer sous ketamine si tu nages ?
-J’lai fais y a pas longtemps ».
Bret Easton Ellis n’aurait pas inventé mieux.
La visite est lancée, je passe devant les peintures et dessins de Jean-Xavier Renaud qui est un
artiste mais aussi un « conseiller municipal/cultivateur/enseignant ». Ses œuvres décalées, colorées et un peu provoc tiennent à remettre en cause « le bon goût »,
« à pointer le caractère artificiel des conventions sociales et renverser les valeurs dominantes. ». Style enfantin pour moment de dérision.
Je découvre aussi, intrigué, une des installations et une vidéo de Florian Pugnaire et David
Raffini. Leur travail est affaire d’entre-deux, de construction et de déconstruction perpétuelles. On voit une sorte de bout de féraille sur l’écran qui se tord petit à petit et on
a le résultat en face de nous, physiquement. On a un peur que la chose se détende et nous saute au visage.
Plus tard, je tombe sur la vidéo Légende de Mohamed Bourouissa. Un film sur la
banlieue qui se revendique comme « anti spectaculaire ». Filmé au téléphone portable ,ce petit reportage nous plonge dans le quotidien de jeunes de banlieues qui vendent des paquets de
cigarettes pas chers devant une station de métro. La routine pour essayer de refourguer sa marchandise (dont un mythique « Faut fumer madame ! ») , les mecs relous qui
essaient d’avoir un paquet sans payer, les petites combines…et puis la peur que la police arrive et décèle leur petit trafic. C’est à la fois amusant et flippant (on ressent une réelle gêne alors
qu’un des « banlieusards » accoste une jeune fille perdue pour lui parler lançant un « viens une minute » - en général ce genre de trucs finissent mal…c’est là où
l’artiste est fort, jouer avec la réalité pour faire ressortir nos appréhensions, nos arrière pensées, nos préjugés et les remettre en cause). C’est peut-être anti spectaculaire mais c’est en
tout cas passionnant d’assister à ces moments. Le tout étant filmé en caméra subjective, on est vraiment invités à se mettre à la place de ces jeunes. Tiens, voilà qui ferait une bonne idée de
long-métrage…
Je continue mon chemin, je m’arrête devant les Volets Clos de Masahide Otani,
qui fait rejaillir les réflexions sur la répétition, sur la copie et l’original…Je remarque aussi l’impressionnante installation Poussière dans le musée d’Art moderne (il y a une
variante au Palais de Tokyo). C’est signé Yushin U. Chang.
Dernière proposition a vraiment attirer mon attention au Musée d’Art Moderne, le film de Gabriel Abrantes
et Benjamin Crotty, Liberdade. Plongée en Angola où un jeune garçon vit une relation amoureuse avec une jolie asiatique. Il ne se sent pas à la hauteur et est impuissant
dans tous les sens du terme. Pour résoudre son problème il braquera une pharmacie pour se procurer du Viagra. Esthétiquement fort, se servant du désir et du malaise de la jeunesse pour explorer
la crise d’un territoire.
Et décidément ces deux-là sont mes chouchous de l’exposition puisqu’une fois arrivé au Palais de Tokyo, je me suis
régalé devant leur nouvelle installation vidéo, le film Visionary Iraq. Deux ados, un garçon et un autre garçon déguisé en fille. Un univers pop et étrange , à la fois coloré et
obscur. Les deux ados jouent aussi le rôle du père et de la mère. Tous les genres se confondent, ils passent de la masculinité à la féminité sans crier gare, l’inceste est de mise…L’histoire de
deux ados envoyés en Iraq et qui finissent par réaliser la supercherie de la chose, quitte à y laisser leur vie. On perd tous nos repères, tout est flou, on passe d’une ambiance à l’autre , les
figures se mélangent, s’opposent…Tout cela avec un minimum de moyens et une créativité folle. Un proposition extrêmement habile pour matérialiser, faire ressentir la confusion des esprits
américains face à ces drames. Vraiment brillant.
Mes coups de cœur du Musée d’art moderne se confirment décidément au Palais de Tokyo puisque je me retrouve
captivé par une autre vidéo de Mohamed Bourouissa, toujours filmée au téléphone portable et qui cette fois nous plonge dans une cellule de prison. Dans ce petit film intitulé
Temps mort, on suit la correspondance par SMS/MMS entre l’artiste et le jeune détenu qui accepte de participer au projet depuis sa prison. Une correspondance très belle et forte,
par laquelle se transmet le langage des images, via laquelle une relation se tisse à travers les murs. « L’enfermement ça rend ouf » dira le jeune homme et on ne pourra que lui
donner raison, en plongeant à travers ses yeux dans son quotidien claustro.
Je me suis arrêté là, il y a pleins de choses dont je n’ai pas parlé mais je vous laisse la surprise de la visite.
Que retenir de tout ça ? Des espaces qui tendent à être dépoussiérés, une jeunesse faussement libre et droguée, une jeunesse perdue et enfermée, des volets clos, des expériences, de
l’autofiction…Mine de rien DYNASTY dresse le portrait d’une génération brisée, noyée face à l’afflux de technologies, perdue dans ses repères, face aux valeurs divergentes qu’on lui impose…Une
exposition exigeante, dense, pleine de mystères et de trouvailles. Vous ne regretterez pas de prendre le temps de la découvrir.
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