Crédit Photo : Diaphana Films
C'est l'histoire de deux frères jumeaux. Le premier est extraverti et téméraire, le second est réservé et se cache derrière le masque du tueur d'Halloween pour que l'on ne voit pas sa tâche de
naissance au visage. Ils vivent dans une famille heureuse et profitent de leur temps libre pour s'amuser dans la cabane qu'ils ont construite près de la forêt. Comme tous les jeunes de leur âge,
ils se chamaillent avec leurs camarades et font des blagues douteuses comme jeter un saut de pisse sur un garçon pour l'empêcher de venir dans leur cabane. Rien de vraiment grave à priori. Sauf
que le garçon n'ayant pas apprécié la blague décide de se venger. Sentant le coup venir, le premier frère veille la nuit avec son pote le gros Léonard. La vengeance de l'offensé est de bruler la
cabane. Sauf que dans celle-ci il y avait leurs ennemis. Si Leonard s'en sort, le jumeau meurt carbonisé. Et là c'est le drame... Etre confronté a la mort de
son frère à 12 ans n'est pas chose facile. Perdre un ami à cet âge est tout aussi dévastateur. 12 and holding propose de suivre la période de deuil et sa suite à travers trois
jeunes en devenir : Jacob le frère abandonné, Léonard le petit gros, et la jolie Malee qui est en proie à un éveil sexuel précoce. Trois tranches de vie absolument délectables.
Jacob est le héros du film et on le suit dans sa tentative de reprendre goût à la vie malgré le décès de son frère. Il pense qu'il est une poule mouillée;il ne comprend pas ses parents qui
,désorientés, adoptent illico un petit black; il rend visite à ceux qui ont causé accidentellement la mort de son frère pour les insulter et les faire culpabiliser. Pathos ou pas pathos
12 and holding? La réponse vient du personnage de Jacob qui avec une rare subtilité transmet sa douleur et son égarement. Il essaye de reprendre goût à la vie, de pardonner aux
assassins de son frère mais il faut bien avouer que ses parents ne l'aident pas. La mère de la famille répète ainsi plusieurs fois que les auteurs de l'accident méritent de mourrir et lorsque
l'un d'eux se suicide, elle exprime son soulagement. Ce comportement ne sera pas sans conséquences pour Jacob qui éprouvera lui aussi l'envie de faire justice lui-même.
Aux côtés de Jacob, on retrouve le gros Léonard. Suite à l'accident, il va perdre la notion de goût. L'occasion pour lui de délaisser tous les produits archi-caloriques que lui donnait à manger
ses parents obèses. Conscient des dangers du surpoids, il décide de se reprendre en main et de manger sainement tout en faisant du sport. Satisfait de son nouveau régime alimentaire, il tentera
de l'inculquer à ses paternels et cela non sans chamboulements. En effet, il ira jusqu'à enfermer sa mère au sous-sol pour ,qu'affamée, elle se décide à manger des pommes au lieu de se gaver de
grasses potatoes. Avec le personnage de Léonard, Cuesta livre une petite critique du modèle américain.
Enfin, il y a Malee. Il est impossible de ne pas craquer pour le petit bout de femme qu'est Zoe Weizenbaum. Son personnage se
découvre une attirance pour un homme au moins deux fois plus âgé qu'elle. Peut être un moyen de combler le manque affectif causé par l'absence de son père. Cette histoire d'amour à sens unique
est superbement traitée avec une justesse rare.
Au final, 12 and holding dresse une critique des parents qui peuvent parfois faire preuve de moins de maturité que leurs enfants. Largués face à une situation difficile, les
trois ados du film incarnés par des acteurs tous parfaits sont tous en quête d'eux-même. L'image est tantôt poisseuse tantôt poétique , la musique très bien choisie et l'histoire hyper prenante.
C'est comme ça que 12 and holding s'affiche l'air de rien comme un des meilleurs films indépendants américains de l'année 2006 avec une vision aussi réaliste que touchante de
l'adolescence et du deuil. Les dialogues sont intelligents, le scénario et les personnages très riches et le temps passe sans qu'on le réalise jusqu'à arriver à une fin qui montre l'"enterrement"
d'une ancienne vie et le début d'une nouvelle plus rayonnante. Du cinéma comme on l'aime.
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