Crédit Photo : SND
Six lycéens, des problèmes divers et variés. Des travelings en folie, la caméra qui fait planer, en fond sonore un morceau de piano. Non ce n'est pas Elephant mais
2h37 de Murali K. Thalluri. La ressemblance est flagrante : on parle ici du mal être adolescent, de personnages qui se croisent sans pour autant se connaitre. Si
le réalisateur s'inspire de Gus Van Sant pour parler du même sujet, l'histoire est pourtant bien différente. Pas de séance
de tir ici, juste un suicide. Une personne met fin à ses jours, on le découvre au tout début du film. Au spectateur de déceler quel teenager était le plus disposé à cet acte.
Thalluri filme les feuilles d'un arbre, la nature, la vie et la mort. A 21 ans, il fait preuve d'une maitrise impressionante et le choix de la musique de Satie
est saluable. Elle donne à la fois une impression de douceur et un côté triste ou inquiétant. Elephant montrait le malaise adolescent en laissant le spectateur se faire son
propre avis. Le pathos était absent, les personnages furtivement décris.
2h37 prend le temps de présenter ses différents protagonistes et nous plonge dans leurs troubles interieurs en entrecoupant les différentes scènes d'interviews troublantes. Les
choses sont plus appuyées, le réalisateur tient plus le spectateur par la main. Est-ce pour autant un crime ? 2h37 s'inscrit davantage comme un film teenager qu'une histoire
universelle. Chaque personnage représente une sorte de caricature du mal être adolescent. Nous sommes face à des cas : fille violée par son frère, boiteux qui se fait pipi dessus, fille
transparente, homo refoulé ou rejeté. Il y a un parfum de clichés, c'est indéniable. Mais ces clichés sonnent bizarrement très justes et provoquent des émotions fortes. Le spectateur a de
l'empathie pour tous les personnages car il les écoute se livrer, se mettre à nu. Le réalisateur instaure progressivement un véritable climat de malaise jusqu'à l'agonie finale. La scène de
suicide, crue et violente, est un choc. Difficile de ressortir indemne de la projection. Avec un regard plus jeune, le réalisateur montre donc aussi à sa
manière les pires aléas de l'adolescence. Chacun est victime de quelqu'un mais se retrouve aussi en quelque sorte bourreau. L'ignorance est reine.Un regard impitoyable que l'auteur dédie à une
amie suicidaire.
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