Crédit Photo : MK2
Milan, la nuit. Il fait sombre, il fait froid. Un couple fête son anniversaire mais le garçon a les idées ailleurs : il a envie de se faire la fille de la table d'en face. Des hommes préparent
différentes magouilles bancaires pour avoir toujours plus d'argent et de pouvoir, une mannequin se drogue en attendant le retour de son amant mafioso et espère oublier l'échec que rencontre sa
carrière professionnelle. Des prostituées attendent sur la route, l'une d'elle rêve d'un ailleurs, d'un meilleur destin. Désabusés, les protagonistes de Casa nostra ? On est en effet très loin de
la mélodie du bonheur. Même le personnage de Rita (campée à merveille par Valeria Golino) , le plus honnête du film, ne connait pas le privilège d'une vie saine (frustrée,
rejetée des hommes). Tout le monde se trompe, se ment, se loupe. Le désespoir règne et pourtant parfois il y a de l'espoir, de la lumière. La photographie magnifique et léchée traduit bien
les situations, les états d'ames des personnages. Souvent froide, clinique, elle s'illumine de temps à autre et émerveille. Des gens en plein paradoxe, des couleurs tout en nuances : visuellement
le film de Comencini dispose d' une indéniable élégance. La réalisatrice parvient à nous entrainer dans sa spirale de désillusions où les plus justes ne sont jamais les
gagnants à la fin.
Luxure, quête de pouvoir effrénée, coeurs brisés : tous les personnages brillent par leurs mauvais côtés qui les rendent aussi curieusement humains et attachants. On ne saura jamais au final qui
est vraiment qui, pourquoi un tel ou un tel a pris cette décision. Tout ce que l'on retiendra, c'est que l'argent détruit tout le monde, volontairement ou involontairement, et qu'il est difficile
d'être une femme dans les coulisses du pouvoir. En surface on s'aime , on se respecte mais quand on creuse c'est le néant, la peur perpétuelle de tomber, de disparaitre seul. Acteurs au top,
morale cynique , Milan comme théâtre de la corruption (belle et en perpétuelle construction) : A Casa Nostra est un film choral difficile à cataloguer et haletant. Quand le
cinéma italien se fait si intrigant, il est difficile de ne pas craquer...
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