Lundi 15 décembre 2008 1 15 /12 /2008 21:22


Crédit Photo : Les Films du Losange


Un général, Armand de Montriveau (Guillaume Depardieu). Un conquêrant, un homme de courage. Il débarque dans une ile espagnole, lors de l'expédition française pour rétablir l'autorité de Ferdinand VII. Et puis, il va dans un monastère, il est surpris d'y voir une soeur qui lui rappelle quelqu'un. Quelqu'un qu'il cherche depuis 5 ans. Cette soeur Thérèse est en fait Antoinette de Langeais (Jeanne Balibar), son amour perdu. Retour 5 ans plus tôt.  Une soirée mondaine , Armand et Antoinette se rencontrent. Pour lui, c'est le coup de foudre. Pour elle , c'est un jeu. Il part à sa conquête, va lui rendre visite tous les jours, se laisse traiter comme un chien. Elle fait des caprices, elle a le pouvoir, en sa compagnie elle se sent briller. Elle est avec le général dont tout le monde parle. Elle est enfermée dans ses jolis appartements , déconnectée du monde extérieur. Il a en mémoire des combats douloureux, il espère aimer, être juste heureux. Le jeu de séduction et de pouvoir s'étale, jusqu'à l'épuisement. Lassé de n'être qu'un jouet, un divertissement que l'on dénigre de plus en plus, le général va décider de se venger. Il va faire réaliser à Antoinette à quel point elle a été odieuse et a pu le blesser. Dès lors, les rôles vont s'inverser...


Au début, on peut être un peu surpris par les dialogues. Mais la grande surprise de l'affaire, c'est que même si c'est parfois trop écrit, ça fonctionne et ça passionne. Avec des décors restreints et des moyens limités, Jacques Rivette instaure directement une ambiance, une alchimie, entre ses deux personnages. Toutes ces joutes verbales sont de plus en plus jubilatoires et on réalise que l'histoire de La duchesse de Langeais est bel et bien un récit intemporel. Car il s'agit de passion, de conquête, de rapports de forces. Il est drôle de voir la duchesse faire son show et après être contrainte de ramer pour retrouver ce qu'elle reniait auparavant. L'amour est un jeu parfois stupide mais en même tant si humain , se dit-on, à la sortie de la salle. Passionnés ou désincarnés, attachants ou agacants : les personnages ont leur lot de paradoxes qui au bout du compte nous donne terriblement envie de les aimer. Et si on les aime, c'est sans aucun doute grâce au jeu exceptionnel du duo Depardieu/Balibar. Lui en retenue, elle qui passe par tous les états les plus intenses. Nous sommes devant des acteurs inspirés, une oeuvre incroyablement maitrisée et une adaptation ô combien intelligente et réfléchie. Alors oui, il y a parfois des lenteurs. On a peut être un peu de mal à rentrer tout de suite dedans. Mais cela en vaut largement la peine. Rarement un film n'a été aussi froid et beau, aussi dépouillé et maitrisé. Moi qui allait le voir à reculons, j'en suis ressorti profondément ému et admiratif.

Par Voisin Blogueur - Publié dans : Le blog cinéma - Communauté : critique en tout genre
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