Source Photo : edenville.wordpress.com
Le film s'ouvre sur une usine. La situation est atypique : le patron a laissé les clés aux ouvriers et s'en est allé. On ne comprend pas trop bien ce qui s'est passé. Suit un plan du désert , le
sable est recouvert comme par une onde mystérieuse : fumée ? nuages ? lumière du soleil ? En tout cas cette "onde" fait changer le paysage. Puis, on découvre une famille, celle que l'on va suivre
tout le film durant. Patron d'usine (tiens,tiens), femmes frustrées et renfermées sur elles-mêmes, jeune fille qui ne parvient pas à enlever l'image de son père comme celle de l'homme idéal, fils
qui parade avec ses amis, en plein dans l'âge bête. Nous sommes au coeur d'une famille bourgeoise qui semble moyennement épanouie mais qui au moins sait où elle en est. Et puis il arrive. Lui, le
visiteur. Un homme venu d'ailleurs, on ne sait pas vraiment d'où. Il a la beauté mystérieuse et venimeuse de la jeunesse. A peine planté dans le décor, il va tout remettre en cause , malgrè lui.
Chaque personnage qui y est confronté est épris d'un violent désir. Un désir pas facile à assumer puisqu'il inclut de s'accepter soi-même dans le fond. Mais
ils vont tous plus ou moins passer à l'acte. Car on ne résiste pas longtemps au magnétisme sexuel d'une si étrange créature.
La montée du désir, Pasolini l'insuffle à merveille. La tension sexuelle qui plane sur son Théorème donne le vertige au spectateur. Le réalisateur n'a peur de
rien et s'obstine à filmer l'entre jambe de son "héros" , livre quelques plans fétichistes et aborde le thème de l'homosexualité, l'air de rien. Qui est donc ce visiteur interprété avec une
ambiguité sans faille par Terence Stamp ? Chacun est libre de faire sa propre interprétation. Apparition divine ? Possible puisqu'il va au fond révéler à chacun sa nature
profonde, ses angoisses. Mais en même temps, il libère les gens en les amenant au pêché charnel...Comme le désert sous influence, les personnages basculent, se perdent, se trouvent. Aux côtés de
leur nouvel ami, ils éprouvent tous un sentiment de plénitude, une excitation sans bornes. Comme cette sensation bizarre lorsque l'on a un coup de foudre ou lorsque l'on s'apprête à faire l'amour
pour la première fois. Et quand on aime et désire si fort, on voudrait bien sûr que cela ne s'arrête jamais. Pas de chance : le visiteur va s'en aller du jour au lendemain, laissant tout le
monde face à ses propres quêtes spirituelles. Son départ va provoquer un séisme et c'est peu de le dire : qu'ils deviennent plus bons ou qu'ils se renferment de l'intérieur, les personnages
ne parviendront pas à retrouver le bonheur ultime qu'ils avaient connu avec ce garçon sexuellement ambigu. On remarquera même que l'espoir de le retrouver est de tous les plans, les nouveaux
personnages apparaissant ayant tous un je ne sais quoi qui nous le rappelle, lui. Oeuvre aussi provocante que spirituelle, Théorème est un
dépucelage cinématographique en règle. Pasolini livre un film obsédant duquel on ressort particulièrement sonné. Plénitude cinématographique.
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