Crédit Photo : Studio Canal
Paris , en 1835. Les bourgeois vont à l'Opéra et se gavent de potins en tous genres. La Marquise de Flers (Claude Sarraute) se prépare à marier sa petite
fille , la virginale Hermangarde (Roxane Mesquida), à Ryno de Marigny (Fu'ad Ait Aattou), Don Juan à la beauté androgyne. Cette union ne tarde pas à faire jaser
dans les salons et la Comtesse d'Artelles (Yolande Moreau) ne peut s'empêcher de confier à son amie la Marquise que son futur gendre entretient une liaison torride et
secrète depuis 10 ans. Sa liaison, il la vit avec la Vellini (Asia Argento) , sorte de courtisane trash. Inquiétée, intriguée, la Marquise va lui demander des explications.
Une longue nuit se prépare, pleine de souvenirs douloureux et passionnés. Ryno et Vellini, c'est le jeu du chat et de la souris, un amour à mort. Pas surprenant ,donc, que cette femme
vénéneuse ne commence à craquer pour lui qu' à partir du moment où il se prend une balle par sa faute. Ce sont des animaux, des sauvages qui se sentent, se lèchent mais aussi,
forcément, se mordent.
Faire un film en costumes n'est pas une mince affaire. Souvent on a du mal à se replonger dans ces vieilles époques et les textes paraissent toujours trop écrits. Breillat
évite-t-elle ce piège ? Pas vraiment. On a du mal au début entre une Claude Sarraute qui semble faire une vulgaire récitation de texte et une Asia Argento à
l'élocution peu digeste. Mais le film décolle dès que Ryno commence à raconter sa passion à la Marquise. Le regard de Claude Sarraute se fait alors plus habité, son personnage
reprend vie en se nourissant de cette passion peu commune. Marquise, spectateur : même combat. Nous allons vivre cette histoire par procuration et nous en délecter. Et si on se délecte , c'est
parce qu'il y a Fu'ad Ait Aattou. La caméra de la réalisatrice semble être tombée instantanément amoureuse de sa féminité froide. Force est de constater que ce garçon a de la
grâce. Il balance son texte avec aisance et nous aide à rentrer vraiment dans le récit de sa romance. C'est lui le protagoniste principal, celui grace à qui le film trouve le ton
juste.
Ce qui faisait le charme des Breillat précédents c'était ces conversations sur l'oreiller sur fond philosophique. Pas de ça ici, la réalisatrice ne marque pas trop l'opposition
homme/femme et se révèle étrangement sage. C'est peut être ça le plus déroutant : de passer d'un cinéma audacieux ,parfois à l'extrême, à une romance costumée narrée de façon on ne peut plus
conventionnelle. C'est un Breillat sage, une jolie histoire, parfois enflammée mais pas trop. Pour la peine, on ne ressent pas vraiment la passion projetée à l'écran. Pourtant
nous sommes bien face à des personnages à vif, qui doivent tous faire face à leurs vieux fantômes. Ryno n'aime plus sa maitresse et veut combler sa nouvelle femme, la femme en question est
handicapée par un passé qu'elle n'a pas , par une inexpérience qui l'amène à se sentir diminuée par rapport à Vellini. Vellini n'arrive pas à composer avec ses deuils inachevés, la Marquise ne
peut plus vivre que par les histoires des autres et la Comtesse n'a plus que ses potins et la bonne bouffe. Entre un passé trop encombrant et un présent désespèrément vide, tout le monde est
bloqué et ne sait plus vraiment qui il est. Un problème d'identité rendu d'autant plus difficile dans cette société où tout se base sur les apparences et les "on dit". Que retenir de cette
vieille maitresse ? Un film réussi, un film intéressant mais peut être trop linéaire pour marquer. On ne change pas toujours de registre sans quelques maladresses...
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