Crédit Photo : Rezo Films
Anaïs (Anaïs Reboux) et Elena (Roxane Mesquida) sont soeurs mais elles ne se ressemblent pas. Vraiment pas. Anaïs est la plus jeune, elle est grosse et
inexpérimentée. Elle passe son temps à manger (Banana Split et gros chamallows sont autant de sous-entendus d'un appetit sexuel compensé par la nourriture) et à se perdre dans son univers
imaginaire où les chansons dépressives lui viennent naturellement en tête, où les petits amis prennent la forme du bois ou de l'acier de la piscine. Anaïs vit par procuration, elle n'a pas
le choix. Elle est dans l'ombre de sa grande soeur, la jolie Elena qui a déjà eu plusieurs petits amis mais qui demeure encore vierge. Le film s'ouvre sur une discussion entre les deux
demoiselles qui débutent leurs vacances près de la mer. Elle parle des garçons, de la première fois, de l'importance ou non du premier à les pénétrer. La relation qui existe entre elles est une
relation complexe, particulière. Elena ne pardonne rien à sa cadette, se montre à maintes reprises odieuse et ne se soucie que très peu de son bien-être. Anaïs serait la première à lui souhaiter
bien du malheur face à ce manque de respect. Mais elle se tait, elle n'a pas le choix. Et puis de toute façon, elle apparait comme un boulet pour toute sa famille. Lorsqu'elle craque lors d'un
repas familial, personne ne se soucie vraiment de ce qu'elle ressent, on va même jusqu'à lui faire des reproches. La seule personne a s'occuper d'elle à ce moment-là...c'est Elena. Car si elles
se détestent, les deux soeurs s'aiment aussi. Car si elles sont opposées sur presque tout, en se regardant dans les yeux elles se retrouvent l'une l'autre. Le lien du sang semble être le plus
fort. Ca aurait pu être des vacances banales. Mais très vite, Elena rencontre Fernando (Libero De Rienzo), un bel italien étudiant en droit. L'accent irrésistible, le regard
plein de promesses, il sort avec l'ainée et essaie tant bien que mal de la dépuceler. Elle s'interdit de passer à l'acte, elle l'aime, elle en a envie, mais elle a peur. Il va tout faire pour la
rassurer, parlant même de fiancailles. L'amour se construit sous le soleil et sous le regard triste de la laissée pour compte habituelle : Anais. La pauvre est aux premières loges de
tous les rendez-vous de sa soeur et de Fernando. Y compris les rendez-vous nocturnes où les premiers attouchements se font puisque Elena donne rencard à son amoureux dans la chambre qu'elle
partage avec sa soeur. Combien de temps tiendra encore Anaïs face à tant d'indifférence ? Le destin réserve-t-il des surprises ? Méfiance, le fait divers n'est jamais loin...
A ma soeur ! est un film très juste sur l'adolescence et les dialogues que certains pourront trouver un peu futiles sont on ne peut plus représentatifs de cette génération soumise à la
question de l'apparence physique. Catherine Breillat parvient à nous faire comprendre et ressentir les très forts liens d'amour et de haine qui existent entre les deux soeurs et
offre avec la relation Elena/Fernando des scènes d'intimité particulièrement réussies. Lorsque Fernando essaie de convaincre Elena de coucher avec lui dans sa chambre pendant près de 20 minutes,
on a le souffle coupé. L'acteur est tout simplement fabuleux. Sa petite voix excitée, son corps qui ne se retient plus et face à lui Roxane Mesquida crispée face à ses envies et
ses peurs : c'est un grand moment de cinéma. Car si montrer une scène un peu crue entre deux adolescents pourra en choquer certains, la façon dont cela a été écrit et filmé relève du génie.
L'intimité semble véritablement être la spécialité de la cinéaste qui par ses dialogues transmet uné émotion incroyable. Si elle continue de livrer de poignants portraits de filles/femmes,
Breillat semble aussi conserver son désir de filmer des hommes très attirants et sensuels, un peu salauds. Je ne comprends pas comment des gens peuvent voir ce film et dire qu'il
n'y a rien dedans, qu'il n'est que prétexte à la provocation. C'est un portrait de jeune fille pas comme les autres, qui n'a peur de rien et surtout pas de surprendre. La fin innatendue et
violente en est la preuve. On passe d'une tranche de vie à un fait divers, brutalement. C'est ça aussi la vie, parfois il arrive des malheurs que l'on n'attendait pas. La réaction du personnage
d'Anaïs face à ce qui lui arrive en déroutera beaucoup qui crieront que "la morale du film est horrible et cruelle". Et si Catherine Breillat ne cherchait pas forcément à mettre
de morale ? Car son cinéma, un cinéma vérité, est souvent le refflet de la vie. Et dans la vie il n'y a pas toujours de morale. On l'accepte bien, acceptons-le donc pour ce film qui est
cohérent de bout en bout et qui fait partie des plus belles oeuvres de la plus controversée réalisatrice du cinéma français d'aujourd'hui.
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