Source Photo : cinema-francais.fr
A la radio passe une chanson faussement niaise. Dans les charts s'opposent des chanteuses yéyé libérées et des crooners un peu machos. Nous sommes dans les années 70, Alice Bonnard
(Charlotte Alexandra) rentre chez ses parents pour les vacances. Elle pourrait être heureuse de retrouver la campagne, loin de son internat. Mais ce n'est pas le cas. Elle
s'ennuie, ses parents sont des gros beaufs, il fait chaud, très chaud et on entend le bruit de ces satanées mouches à longueur de journée. Dès les premières minutes, par le biais de la voix off
de sa jeune héroine (le film a été tourné en muet et les voix furent ajoutées plus tard) , Catherine Breillat créé une ambiance pesante, pas saine du tout. La photographie fait
penser à un film érotique. Nous n'en sommes pas loin. Mais à moins d'avoir des fantasmes débridés, le spectateur ne sera surement pas sujet à une profonde excitation. Car dans Une vraie
jeune fille , ce n'est justement pas une jeune fille comme les autres qui nous est présenté. Alice est une fille révoltée, perdue, aux portes de la dépression. Elle doit faire
face à ses désirs naissants, doit composer avec son corps qui change et le nouveau regard que portent les hommes sur elle par la même occasion. Toute la journée, toute la nuit, Alice se perd dans
ses fantasmes. Des fantasmes souvent trash et refoulés.
Une vraie jeune fille est une oeuvre particulièrement dérangeante, traumatisante. On assiste à un pur festival de "trashitude", le sommet étant atteint lorsque Alice fantasme sur le
nouvel ouvrier de son père. Celui-ci lui mettrait un ver de terre dans le sexe avant de tuer la bestiole et la disperser sur son corps : franchement crade. En bonus : une poule égorgée sans
scrupules, le rejet de son corps et de sa sexualité qui se traduisent par des vomissements et des scènes un brin uro et maso. Aux chansons douces de la radio succèdent des thèmes musicaux qui
nous plongent dans l'angoisse et nous mettent complètement mal à l'aise face à des situations de plus en plus obscènes. Si elle voulait se faire remarquer pour son premier film,
Breillat a réussi ! On retrouve déjà la confrontation homme/femme, les différences concernant la perception du désir, la peur de la première fois. Il est intéressant de noter que
ce long-métrage est peut être l'un des plus silencieux de la réalisatrice qui nous habituera par la suite à des scènes d'intimité où l'on se confie volontiers dans son plumard.
Que penser au final de ce début de parcours ? C'est un film qui va très loin, qui a une vraie ambiance, qui trouble, qui est plutôt bien joué, qui est un peu
longuet, assez surréaliste...On en ressort assez mitigé. Entre traumatisme et révélation d'une vraie réalisatrice. Une impression bien étrange, pas forcément agréable.
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