Crédits Photos : Rezo Films
La Techno n'en finit plus, nous sommes dans une discothèque gay. Un homme (Rocco Siffredi) vient de se faire faire une gaterie et traine sur la piste. Dans le club , il y a
une fille (Amira Casar). Elle a le regard vide et se dirige vers les toilettes comme si elle se dirigeait vers sa propre tombe. Elle tente de se suicider en s'ouvrant les veines
mais l'homme vient la sauver. Il l'a ramené à la vie et fait un bout de chemin une fois qu'elle a repris ses esprits. Il y a d'abord beaucoup de mépris entre eux. Elle en a marre des hommes, de
la façon dont ils façonnent les femmes, leurs attitudes dégoûtantes. L'homme qui l'a sauvé aime les hommes, c'est encore plus dur à accepter pour elle. Après lui avoir fait une fellation, elle
lui propose un pacte étrange. Elle le paiera pour qu'il vienne chez elle et la regarde, pour témoigner, pour voir et essayer de comprendre la femme. Intrigué, il accepte. C'est la nuit, la maison
de la fille est près de la mer, on entend les vagues qui s'agitent. L'homme entre dans la maison, habillé avec un costume blanc. Elle l'attend, se déshabille et la première nuit commence. Il y en
aura 4, 4 moments forts à la limite du supportable, 4 moments pour en apprendre plus sur ce qui sépare le sexe dit fort du sexe dit faible.
Anatomie de l'enfer apparait directement comme un film casse gueule. Rocco Siffredi dans le rôle d'un gay sensible, à priori on n'y croit pas trop. Puis il y a ce côté
très écrit du film (il s'inspire de Pornocratie écrit par Breillat elle-même). Si les paroles qui sortent de la bouche des acteurs sont troublantes et en même temps très belles,
cela donne un côté assez théâtral et peu naturel au film. Il faut dire que l'on n'avait pas eu l'habitude de ce type de texte dans le cinéma de Breillat auparavant, la cinéaste
mettant plutôt en avant des personnages de tous les jours avec leurs expressions les plus basiques et naturelles. Oui, c'est peut-être le long-métrage le plus littéraire de la réalisatrice et il
nous fait plusieurs fois penser à l'oeuvre d'un certain Sade. La réalisatrice se permet même de ponctuer elle-même le film en voix off pour apporter des précisions ou pour se mettre à la place
des deux personnages et dire à haute voix ce qu'ils ressentent au plus profond d'eux-mêmes. Elle s'implique, comme toujours. Voilà tous les éléments qui pourront bloquer un certain nombre de
spectateurs qui seront , de plus, susceptibles d'être outrés par des scènes très crues.
Le personnage d'Amira Casar est celui d'une fille perdue, toujours blanche comme une morte. Elle aurait du mourir selon ses plans et elle n'a plus peur de rien, elle s'en fiche
de dévoiler toute son intimité à un inconnu. Lorsque l'homme la voit en train d'essayer de se suicider et qu'il lui demande pourquoi elle fait ça, elle répond : "parce que je suis une femme".
A-t-elle voulu mourir parce qu'elle est une femme ou à cause des hommes ? Surement les deux. Ses entretiens nocturnes avec le personnage de Rocco Siffredi vont être l'occasion
pour elle de devenir une donneuse de leçons fragile, une initiatrice, un mythe. Vampire émotionnel, elle va tout prendre à l'homme, le pousser dans les extrêmes. L'homme interprété par
Rocco Siffredi reste là, timide, gêné. Il boit du whisky pour moins sentir le trop plein d'émotions qui l'envahit puis le vide. Ils sont comme des enfants, des oiseaux blessés
par la vie (les flashbacks montreront bien cela en nous dévoilant des traumatismes passés). Est-il possible d'échapper à sa condition d'homme ou de femme ? Est-il possible de vraiment se
comprendre ? On peut aimer ou détester ce long-métrage mais on ne pourra pas lui reprocher d'être vide, c'est plutôt tout le contraire. Breillat créé une véritable intimité
entre ses deux personnages, les fait exister et mourir de l'intérieur et vice versa. Elle instaure une ambiance particulière et éprouvante. On entre dans la chambre, on est hantés par le bruit
des vagues, on sent la nuit qui passe avec sa fausse quiétude. Alors oui, il y a des scènes qui paraitront trash comme celle du désormais célèbre rateau ou du tampax. Mais réduire ce film à cela
serait bien dommage et passer à côté du propos qui révèle une des plus violentes confrontation homme/femme de l'histoire du cinéma. L'investissement des acteurs est remarquable, ils se donnent à
fond, ne semblent plus avoir peur de rien, cherchent leurs propres limites. En cela, Amira Casar comme Rocco Sifredi sont extrêmement touchants. Qui hantera
l'autre pour la vie ? Pourront-ils se remettre de ces quatre nuits passées ensemble ? Le film laisse la porte ouverte, la maison vide, comme pour nous hanter à notre tour.
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