Source Photos : Allociné
Anna (Susanne Lothar), Georg (Ulrich Mühe) et Georg Junior forment une famille unie et lisse. Ils partent pour plusieurs jours de vacances au bord d'un lac.
Ils avaient tout prévu : partie de golf avec leurs voisins amis, détente, moments familiaux complices. Sauf que ,dès leur arrivée, ils sentent que quelque chose d'étrange se passe. Leurs voisins
semblent contrariés et ne viennent même pas les saluer. Ils restent loin derrière leur portail, accompagnés de deux jeunes inconnus. D'abord troublés, nos amis vacanciers oublieront
cette étrangeté quelques heures plus tard.
Anna passe des coups de fil pour essayer de convaincre des amis de la rejoindre, Georg père et fils èrent sur l'eau. Anna reçoit alors
la visite soudaine d'un inconnu. Il s'agit d'un des deux garçons qui étaient avec leurs voisins lors de leur arrivée. Il est là , avec ses bonnes manières, pour lui demander des oeufs. Elle
lui en offre de bon coeur. Mais il les fait tomber. Plus déterminé, il lui demande de lui redonner de nouveaux oeufs. Elle accepte mais commence à être fatiguée lorsque le jeune homme noit par
accident son téléphone dans l'évier. Elle est pressée de le voir partir, sa gaucherie l'exaspère. Mais quelques minutes plus tard, le garçon est à nouveau de retour, accompagné de son camarade.
Il a encore fait tomber les oeufs, apeuré par le chien de la famille.Il en veut des nouveaux. Anna en a marre et leur demande de s'en aller. Mais ils n'entendent pas les choses de la même façon.
Quelque chose va déraper ? Le père et le fils retournent à la maison pour s'assurer que tout va bien. Ils vont rapidement comprendre que les deux jeunes hommes si bien éduqués qui sont
dans leur maison ne sont pas tout à fait du genre équilibrés. Progressivement, lentement, les deux amis vont veiller à faire voler en éclat physiquement et psychologiquement la famille modèle.
Attention, cruauté extrême.
Funny Games s'ouvre sur un jeu. Le couple Anna/Georg est en voiture et essaie de deviner qui est l'auteur de
musique classique que chacun choisit. Famille soudée, esprit vacances : tout baigne. Mais dès que l'on sent un petit trouble du côté des amis voisins, nous autres spectateurs ne pouvons nous
empêcher de penser que quelque chose va arriver. Mais est-ce que quelque chose cloche vraiment ? Michael Haneke pousse le spectateur à se poser la question. Ainsi, pendant
les scènes de demandes d'oeufs on est complètement figés, prêts à voir le jeune homme enrobé prendre un couteau et zigouiller la gentille mère de famille. Mais il ne se passe rien, on nous fait
attendre. Le réalisateur commence déjà son propre jeu : montrer au spectateur sa perversité profonde, celle qui le pousse à s'attendre à de véritables horreurs appliquées à des gens
innocents.
Une fois que la famille est au complet dans la maison et que les deux mystérieux visiteurs les gardent en otage, les jeux sadiquent vont réellement commencer. Car Paul (Arno
Frisch) et Peter (Frank Giering) -les deux visiteurs- sont là pour ça, jouer. Des jeux psychologiques, éprouvants, pervers. Et n'aimant pas jouer seuls ils
vont pousser la famille à participer. Plus le temps passe, plus la tension monte, plus l'exaspération envahit personnages et spectateurs. Pourquoi sont là Paul et Peter ? Vont-ils finalement
liquider la famille ? Nous n'aurons pas forcément les réponses à toutes nos questions. Exemple : à un moment donné Paul et Peter demandent à la famille pourquoi selon eux ils sont devenus aussi
fêlés. Résultat : tout le monde ressort plus embrouillés que jamais, les nerfs à vif. Haneke nous perd dans son scénario machiavélique.
Quel intérêt de torturer des honnêtes gens ? Et si la réponse était : quel intérêt de regarder un film où des honnêtes gens se font séquestrer ? La réponse est culottée mais de plus en
plus sous-jacente au fil du film. Le réalisateur s'amuse à deviner nos attentes et à nous renvoyer notre côté voyeuriste (Peter s'adresse souvent face caméra avec un regard complice). Si au début
ces petits jeux pas très drôles nous font rire, c'est rapidement l'angoisse qui nous gagne. On étouffe face au désespoir progressif de cette famille brisée d'avance. On croit connaitre la fin et
on en a peur. Oeuvre fracassante et sans pitié, aucune, Funny Games jette le trouble sur notre condition de spectateur et on est peut-être même gênés d'adorer ce long-métrage.
Car ce serait peut-être cautionner tant de violences et de cruauté. Les acteurs sont tout simplement parfaits, la mise en scène souvent aussi sadique que son scénario, les émotions fortes sont
garanties. On peut le dire sans rougir : Funny Games mérite le statut de chef d'oeuvre à côté d'autres oeuvres tout aussi dérangeantes à la Orange Mécanique
voire peut être à la Salo.
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