Crédits Photos : Le Pacte
Suite à la mort de sa mère, Junie (Léa Seydoux), une adolescente de seize ans, arrive dans un nouveau lyçée dans le seizième arrondissement de Paris. Sa beauté singulière ne
tarde pas à être l’objet de toutes les convoitises. Intégrée aux autres élèves par le biais de son cousin Matthias (Esteban Carvajal Alegria), Junie fait rapidement la
connaissance du gentil Otto (Grégoire Leprince-Ringuet) qui ne cache pas son attirance pour elle. Très vite, un amour adolescent se créé entre eux. Mais ce qu’Otto ignore,
c’est l’attirance foudroyante, et le malaise qui en découle, que Junie ressent pour Nemours (Louis Garrel), son professeur d’italien. Ce dernier , habitué à avoir plusieurs
flirts en même temps (en l’occurrence une prof et une élève) , semble totalement envouté par le charme noir de cette lycéenne pas comme les autres. Un amour interdit grandit alors, poussant
Junie, Otto et Nemours dans un implicite triangle amoureux, aussi dévastateur que passionné. Cette tragédie intime passe pour le moment inaperçue dans les couloirs du lycée ou d’autres amourettes
désespérées sont l’objet de tous les tracas personnels…
Dans un Paris grisâtre et mélancolique, Christophe Honoré nous entraine avec La belle personne en
plein spleen adolescent. Le film commence, les portes du lyçée s’ouvrent et on découvre ce petit monde où l’amour est roi et au centre de toutes les préoccupations. Il y a quelque chose de très
fluide dans la réalisation et la notion de passage est un des principaux axes. Que ce soit un billet doux passé en cour, des regards gênés qui se croisent ou tentent de s’ignorer ou une lettre
égarée qui va de main en main, tout « se passe » ici bas. Et on serait tenté de dire que pendant l’adolescence, période où tous les sentiments sont exacerbés, il ne faut pas
s’inquiéter : « ça passera ». Sauf que quand on est ado, ce genre de paroles, on n'y croit pas trop. Lorsqu’il voit Junie pour la première fois, Otto est tout excité.
Amour naïf venant d’un garçon pur qui ne cache jamais ses émotions. Le problème est que l’objet de son affection est une fille insaisissable, comme perdue dans un autre monde. Derrière le
regard triste de Junie se cache une passion enfouie. Celle qu’elle ressent pour son professeur d’italien, un garçon plus mature, séducteur, dangereux. Christophe Honoré parvient
à saisir toute l’urgence de la jeunesse, son excitation et aussi et surtout ses cruelles désillusions.
Son adaptation de La Princesse de Clèves est très libre et moderne. On aurait pu s’attendre à un côté un peu bitchy à
la Gossip Girl avec rumeurs et mesquineries. Mais le cinéaste n’est pas racoleur, il opte toujours pour la subtilité et préfère se concentrer sur la douleur des sentiments, en
livrant une œuvre au final personnelle et très intimiste. La chronologie des évènements, les situations, les caractéristiques des personnages : tout est détourné de la façon la plus maligne
qui soit. Pas du tout prisonnier de son adaptation, Honoré se sert de la dramaturgie de l’œuvre de Madame de Lafayette, son essence, pour servir son histoire de
teenagers en mal d’amour. Alors que dans le livre on se retrouvait facilement assommés par tous ces noms de princes et de princesses aux destins relativement tragiques, ici ces intrigues
deviennent des amourettes d’adolescents contrariées. Et voilà qu’avec chaque intrigue secondaire, le réalisateur nous offre de vrais moments de grâce. Une bibliothécaire belle et énigmatique dont
la vie sentimentale est révélée façon « journal filmé », la fameuse lettre perdue qui devient une histoire d’amour gay aussi touchante qu’amusante…Pour ceux qui s’attendaient à voir
« un joli téléfilm », la surprise sera grande tant La Belle Personne est une œuvre cinématographique à part entière, de par chacun de ses plans.
La tristesse, les incertitudes des adolescents sont ici montrés en gros plans, accompagnés de silences qui en disent long quand ce ne sont pas de fabuleux dialogues
qui leur volent la vedette. Certes, comme souvent dans ses films, Christophe Honoré se permet parfois d’être très littéraire. Mais cette maladresse avec laquelle certaines
paroles sortent de la bouche de Louis Garrel ou Léa Seydoux, avec ce côté « sur le fil » ne rendent le film que plus beau et troublant. Au final, cette
adaptation dite contemporaine s’avère être un film universel sur l’adolescence et les premiers amours malheureux, ceux qui nous paralysent et qu’on oublie jamais. En un regard, en une parole, en
une chanson (superbe passage chanté de Grégoire Leprince-Ringuet), en un plan : Christophe Honoré raconte l’amour, raconte tout. Et ça, c’est aussi rare que
c’est beau.
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