Crédits Photos : Haut et Court
François (François Bégaudeau) est professeur de français dans un collège en ZEP. Pendant ses cours, il essaie d’être le plus dynamique possible, de susciter le débat, réveiller
des élèves souvent inattentifs. Ainsi se permet-il parfois de les chambrer, les provoquer. Joutes verbales entres les murs d’une salle de classe…et, pour certains, limites fatales du système
scolaire.
Adapté du livre éponyme de François Bégaudeau, Entre les murs s’affiche comme un film social et
universel. Pour ceux qui en ont marre de ce genre à part entière de notre cinéma d’auteur hexagonal, qu’ils se rassurent : les 2h08 du film passent à la vitesse grand V. Les joutes verbales
entre le prof et les élèves se révèlent rapidement jouissives, brillantes de naturel. Entre la tradition et les règles de la langue française et la réalité des ZEP, la guerre des mots est lancée
et ne sera pas forcément sans conséquences. Et même si en fond des vies se jouent, des situations précaires sont subies, Entre les murs ne se fait jamais pesant et est ponctué de
respirations drôles et de débats ludiques. Comment Laurent Cantet a-t-il pu éviter tous les pires clichés ? Tout simplement, comme le titre de son film l’indique, en restant
« entre les murs ». Nous ne voyons pas ce qu’il se passe lorsque les collégiens rentrent chez eux le soir, nous ne les découvrons que par le groupe qu’ils forment dans la salle de
classe.
Match de ping pong entre un prof qui franchit parfois les limites et une jeunesse multi culturelle légèrement insolente, le nouvel opus de Laurent Cantet se sert de l’école comme
un reflet de notre société, de la démocratie. On pourrait prendre également l’image de l’orchestre. Bégaudeau est aux commandes et doit veiller à ce que tout se joue
correctement. Mais il suffit d’une fausse note pour courir à la catastrophe. En l’occurrence, ici, la fausse note est un mot : « pétasse ». Mal compris par les intéressées (qui
pensent que cela veut dire « prostituée »), cette insulte va déclencher la polémique. L’occasion de mettre en avant un véritable cercle vicieux. Entre des élèves qui n’ont pas toujours
conscience que leur vie future se joue entre ces murs et des profs qui finissent par déraper ou carrément baisser les bras : comment s’assurer que la transmission du savoir sera
effective ?
Si de par sa réalisation Entre les murs n’a rien d’exceptionnel, il brille par son approche subtile et intelligente d’un sujet d’actualité
particulièrement brûlant. Entre tendresse et noirceur, nous découvrons le portrait d’une jeunesse parfois sauvage et trop souvent incomprise. Cantet ne balance pas de vérité
toute faite et définitive, il livre juste un constat. Sobre et maitrisé.
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