UN FILM DE ORIOL CANALS
Chaque année des réfugiés africains arrivent sur les côtes de l’Espagne. Ils sont venus là pour aider leur famille, en espérant une vie meilleure. Mais la réalité amère de leur quotidien sonne
vite comme un douloureux contraste à leurs rêves. Sans papiers, contraints de vivre dans la forêt ou dans les caveaux des cimetières, ces hommes acceptent de témoigner face caméra. La démarche du
réalisateur est simple : les participants s’adressent à leur famille. A la fin du film les cassettes seront envoyées aux proches, témoignage d’une vérité pas toujours facile à
entendre…
Sombras, les ombres en espagnol, est un film documentaire perturbant. Les lettres audiovisuelles s’enchainent et on rentre dans l’intimité de ces personnes qui se battent pour vivre. C’est comme un face à face auquel on ne peut répondre et de toute façon les mots manquent face à ces témoignages alarmants. Victimes du mirage de l’Europe, d’une vie que l’on imagine toujours meilleure ailleurs, les hommes interrogés nous parlent de leur quotidien du début de leur voyage à leur arrivée puis leur « intégration » dans le pays (on met bien entre guillemets). Pendant le voyage, des gens meurent, on les évacue, fin de l’aventure pour eux. Les autres vont vite comprendre qu’une fois arrivés à destination ils ne devront pas vivre mais survivre. Sans papiers pas de travail ou bien du travail avec des gens peu recommandables ou qui abusent de la misère des autres. Une vie en marge, dans la forêt, à choper ce que l’on trouve pour le cuire au coin du feu. Comme dirait l’un des africains affiliés au projet : « C’est la merde ».
Au début du film on voit une pelle mécanique qui vient défoncer une barque. C’est mécanique, c’est froid et c’est comme ça. Les oiseaux ont beau voler au dessus rien n’y fait : ces hommes dont on suit le triste destin semblent condamnés, figés. Leur geste est un geste de courage. Car ils se montrent, car ils osent avouer à leur famille que cela ne va pas. En Afrique on s’imagine tant de choses, on attend tellement d’eux. Certains préfèrent mourir en Europe plutôt que d’affronter la honte de ne pas être parvenu à s’en sortir. Des ombres on vous dit. Ils ne sont plus qu’une image lointaine pour leurs proches, un souvenir, ils sont laissés à l’écart de la société, on ne veut pas les voir. Alors ils attendent, ils prient, ils espèrent que Dieu les aidera.
Plus que des témoignages chocs et authentiques, Sombras avec le peu de moyen dont il dispose mêle la force du fond à la recherche de la forme. En dehors des récits de chacun, chaque plan est une métaphore, une image forte et plus ou moins subtile qui nous renvoie à la situation de ces êtres victimes d’un rêve, d’un espoir. Peuvent-ils compter sur l’ombre d’une solidarité ?
FILM PRESENTE A CANNES – SECTION ACID
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