UN FILM DE KAMEN KALEV
Itso est un jeune artiste qui a du mal à percer et qui travaille dans un magasin en attendant des jours meilleurs. Avec le temps, il s’est éloigné de sa famille et de son frère Georgi. Ce dernier vient de rejoindre une bande de néonazis. Nous sommes à Sofia, les gens se cherchent, se perdent. Dans la rue, une famille de turcs se fait agresser par la bande de Georgi. Itso essaie de leur venir en aide et parvient à sauver le père, violenté jusqu’au sang. C’est un événement déterminant pour Itso puisqu’il va tomber sous le charme de la fille de la famille, Isil. Mais il va aussi découvrir que son frère a participé à cette agression… Alors que les liens familiaux évoluent, qu’Itso tente de mettre un terme à sa relation avec sa petite amie pour courtiser librement Isil, les vieux conflits entre bulgares et turcs vont semer la zizanie…
Premier long-métrage de Kamen Kalev, Eastern Plays dispose d’un synopsis qu’on serait tentés de qualifier de politique. Ce serait une erreur : s’il y a bien un fond politique, une invitation à la réflexion, le film préfère (pour notre plus grand bonheur) se concentrer sur ses personnages et dresser le portrait d’une jeunesse errante. Itso est un petit goujat, un homme que l’on pourrait croire je m’en foutiste (voir les scènes tragi-comiques avec sa petite amie Niki qui refuse de le laisser partir) au premier coup d’œil. Pourtant nous sommes là devant un individu angoissé, qui ne trouve pas sa place dans la société, qui ne parvient pas à être en accord avec les siens et les autres. Son frère Georgi est lui aussi atteint d’une crise identitaire qui le pousse vers la délinquance.
Entre musique hardcore, nuits sombres et ambiances feutrées, Eastern Plays est une œuvre à la fois sombre et solaire, désillusionnée et optimiste. Doté d’une belle photographie et d’une réalisation fluide, sans jamais prendre la pose, c’est le genre de film que l’on ressent, qui nous plonge dans une ambiance toute particulière. La famille, les amis, l’amour : tout ici est fragile, toujours sur le fil. Itso pourrait espérer une renaissance avec sa relation qui se met en place avec Isil. Mais les parents de cette dernière s’opposent à leur idylle naissante. Un coup dur pour Itso qui perçoit, à juste titre, Isil comme une apparition.
Essayer de trouver sa place dans la ville, dans la société ; refuser de rester dans le moule comme un robot et éviter les idées reçues…Vivre. Eastern Plays est un premier long-métrage d’une sincérité touchante et discrète, un vrai moment de cinéma qui révèle un cinéaste à suivre.
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