Mercredi 20 mai 2009 3 20 /05 /2009 03:27







Un des évènements du festival de Cannes 2009 se passe en marge cette année. Avec La vie intermédiaire François Zabaleta a suscité de vives émotions sur la croisette. Interview de cet artiste à suivre de très près.

 

 

En découvrant La vie intermédiaire on ne peut s’empêcher de se demander à quel point le film est autobiographique. L’est-il totalement ou y avez-vous ajouté de la fiction ?

 

Cette histoire m'est arrivée en 1995 telle que je l'ai racontée. Mais vous savez, on raconte une histoire vraie non dans sa littéralité mais dans son esprit. La difficulté quand on part d'une histoire autobiographique est de se méfier de l'anecdotique et du pittoresque. Il faut chercher en soi, le point de soi où se trouvent tous les autres. Malgré la singularité des deux personnages, c'est l'universalité qu'il faut viser. J'ai souhaité de tout mon cœur que cette histoire parle à tout le monde, que tout le monde s'y retrouve d'une façon ou d'une autre. L'aspect incandescent de cette histoire, son énergie moite et désespérée, me paraissaient propre à aider le spectateur à y rentrer et, peut-être, à y adhérer corps et âme.  Pour terminer sur ce sujet, je citerai une phrase de Brecht que j’aime beaucoup : Il pensait dans d’autres têtes et d’autres que lui pensaient dans la sienne. C’est cela la vraie pensée.

 

 

Quand avez-vous décidé de vous plonger dans ce projet, qu’est-ce qui vous y a poussé ?

 

 

La Vie intermédiaire est un travail de deuil esthétique. Je n’avais jamais parlé de cette histoire à personne. Je n’avais pas pu. Je l’avais gardée pour moi tout seul. Un jour que je dînais avec ma comédienne, elle a fait un geste, elle a pris une pose qui, comme dans Marcel Proust, m’a rappelé cette histoire. Les choses sont allées très vite. J’ai été saisi par l’urgence. Je lui ai proposé ce projet. Et je l’ai écrit presque sans rature. Je l’ai tourné dans la foulée. C’était une question de vie ou de mort. L’étrangeté de la situation, rejouer mon propre rôle quinze après dans les mêmes lieux avec une comédienne qui me tenait lieu d’une femme morte m’a à peine troublé. Il fallait avancer, aller jusqu’au bout. J’ai rencontré finalement peu de difficulté, l’urgence, la nécessité, au sens où Rilke l’emploie dans ses Lettres à un jeune poète, a fait le reste. Je voulais revivre une fois encore, une dernière fois cette histoire haletante qui m’avait fait éprouver un sentiment d’exister que je n’ai plus connu ensuite.

 

 

Comment avez-vous vécu votre passage à Cannes ?

 

 

Comme une épreuve et une chance unique. Cannes est un paradis pour les actrices et un enfer pour les cinéastes dont le rêve est de disparaître derrière leurs œuvres. Dieu merci, les gens de l’Acid m’ont rendu les choses faciles. Je me suis senti très à mon aise, et pour la première fois j’ai éprouvé un étrange sentiment de légitimité que je dois à l’Acid. Ils m’ont donné le courage d’aller jusqu’au bout de ce parcours du combattant avec une légèreté, une douceur et une fraternité qui m’a fait chaud au cœur. D’ailleurs Gilles Porte m’a demandé d’écrire mes impressions, ce que je suis en train de faire.

 

 

La vie intermédiaire a-t-il des chances de sortir sur nos écrans ?

 

La vie intermédiaire va être projeté à Paris au cinéma des cinéastes (en septembre). Suite à la projection un distributeur m’a contacté. Donc il y a une petite chance que le miracle se produise. En outre le film est sélectionné au festival international du film de Lille et sera projeté le 24 juin à Lille donc.

 

 

Quels sont vos projets ?

 

 

Depuis la vie intermédiaire j’ai réalisé un moyen métrage qui s’appelle La surface corrigée qui sera montré à la biennale d’Issy les Moulineaux en Septembre. Et je suis en tournage en ce moment pour un film qui s’appelle La Société invisible. C’est un documentaire de création dont le sujet est, entre autres, les gens sédentaires qui vivent ou travaillent chez eux. Des gens qui n'ont jamais ou peu travaillé en entreprise, qui n'ont pas de collègues de bureau, pas d’emploi du temps, qui ont une relation distante avec le monde, le dehors.

 

 

Merci à François Zabaleta de m’avoir répondu et à Jean-Bernard Emery d’avoir rendu cette interview possible.  
Par Voisin Blogueur - Publié dans : Interviews et rencontres
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