UN FILM DE PEN-EK RATANARUANG
Le film s’ouvre sur une mystérieuse forêt. La caméra est comme suspendue, nous plonge dans un décor moite et apaisant. Mais voilà qu’au loin nous découvrons une jeune femme en train de se faire
agresser par deux hommes. Ces derniers seront retrouvés morts, gros plan sur un arbre. Mère nature guette les folies des êtres humains. En seulement quelques secondes, Pen-Ek
Ratanaruang (réalisateur, entre autres, du déjà très réussi Ploy) nous enivre, nous en met plein la vue avec une mise en scène instinctive, sensuelle.
Puis nous découvrons le couple du film : Nop et May. Lui est photographe et secret. Elle est une working girl en pleine ascension qui se tape discrètement son patron. Nop devant faire un reportage photo dans la nature, il emmène sa chère et tendre sur la route avec lui. Mais les choses basculent : Nop se retrouve au contact du mystérieux arbre du début et finira par tomber dans les filets de la jeune femme agressée, devenue nymphe. Dès lors, plus rien ne sera comme avant. Hier si disponible, Nop échappe désormais à May. Pire : il disparaît, ne devient plus qu’un rêve, un fantôme. C’est bien connu : l’inaccessible attise le désir. La demoiselle va alors délaisser son amant pour essayer de retrouver son mari et arranger les choses…
Le film est très lumineux, nous donnant la sensation d’être dans un rêve, un fantasme permanent. Les problèmes conjugaux se mêlent à un côté fantastico-mythologique qui laisse au spectateur le
soin de se projeter, de fantasmer lui aussi. Alors que les personnages se cherchent et se perdent dans la forêt, le réalisateur semble nous lancer une invitation. Une invitation à s’abandonner
dans son univers enivrant, mystérieux et à la beauté formelle tout simplement incroyable.
Pen-Ek Ratanaruang fait partie de ces cinéastes rares qui parviennent à créer des ambiances, des atmosphères uniques. Nymph sent le désir à plein nez en montrant très peu. Et pourtant la tension sexuelle est souvent à son comble, provoque même certains malaises. Une force guette les personnages, celle de la nature. Une nature qui donne comme elle reprend, qui fait sa loi sans qu’on puisse vraiment la comprendre. Le spectateur guette lui aussi, s’infiltre, pénètre dans l’intimité et les doutes des personnages parfaitement exprimés par les visages plutôt que par les mots.
Très contemplatif, extrêmement sensoriel et onirique : Nymph est un voyage troublant dont le mystère perpétuel risque de hanter ses spectateurs longtemps après la projection. A la condition d’aimer un cinéma exigeant qui prend son temps. Saluons le courage de ce réalisateur qui croit encore à la poésie du cinéma et qui n’a pas peur de nous emmener vers des chemins inconnus.
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