Mardi 26 mai 2009 2 26 /05 /2009 21:10



Copyright : Pathé



UN FILM DE PEDRO ALMODOVAR

 

 

Le film commence avec Mateo Blanco (Lluis Homar) qui nous révèle sa fausse identité. Il a toujours aimé l’idée d’avoir un pseudonyme et il signait ses films sous le nom de Blanco mais en mettant comme scénariste un certain Harry Caine qui était en fait lui-même. Un évènement l’a conduit à devenir définitivement Harry Caine et à devenir aveugle par la même occasion. Aujourd’hui scénariste reconnu et confortablement installé, Harry passe beaucoup de temps avec son assistante et vieille amie  Judit (Blanca Portillo) et le fils de cette dernière, Diego (Tamar Novas). Mais voilà que la visite d’un certain Ray X (Ruben O’chandiano) vient semer la zizanie. Il veut absolument qu’Harry écrive un film qu’il mettra en scène, un film sur son rapport conflictuel avec son père. Harry refuse et sent le coup monté…Ray X n’est autre que le fils de Ernesto Marcel (Jose Luis Gomez), un riche homme d’affaires fraichement décédé. Ce dernier a un passé commun essentiel avec Harry. Et pour cause : ils ont aimé la même femme, la sensible et fatale Lena (Penelope Cruz). Entre l’année 1994 et l’année 2008, nous suivons les différents destins de personnages guidés par la passion, sentimentale et/ou créatrice…

 

Présenté au Festival de Cannes 2009, Etreintes brisées est avant tout un drame sentimental qui a pour toile de fond la création cinématographique. Pedro Almodovar nous offre une œuvre extrêmement élégante : photographie sublime, bande originale exquise et envoutante, réalisation très soignée et inspirée. Les fantômes d’Hollywood hantent ce film mettant une fois de plus en lumière une actrice comme peu de cinéastes savent le faire : Penelope Cruz, ici en icône du cinéma déchue d’avance. Dans cet habile et émouvant tourbillon des sentiments, le cinéaste livre avant tout une réjouissante variation sur le double tout en posant des personnages tous dotés d’une belle intensité.




Le double, parlons-en. Il y a déjà le plus évident : Mateo Blanco/Harry Caine. On peut se créer un double pour l’ivresse, pour s’amuser. On peut aussi s’en créer un pour renaitre, pour surmonter des épreuves douloureuses. Le milieu de l’art est plein de pseudonymes, de faux-semblants et il ne pouvait ainsi pas y avoir meilleur décor pour cette intrigue tragique. Il y a aussi le double de Lena. Employée modeste de bureau le jour, prostituée occasionnelle la nuit, rêvant de devenir actrice et donc de se dédoubler. Elle finit par devenir la compagne de son patron, découvrant une vie de luxe et d’oisiveté qui ne peut satisfaire son côté passionné. Il y a aussi nos faux-doubles, nos enfants. Ou la relation trouble de Ernesto Martel, homme obsédé et souvent impitoyable, et de son fils du même nom qu’il soupçonne d’être gay. Un fils qui à force de ne pas coller aux attentes de son père s’enferme dans une solitude et des obsessions destructrices. Etreintes brisées est une galerie de doubles plus ou moins fidèles et par conséquent aussi un théâtre d’oppositions.

 

La frontière entre la fiction et la réalité. Leurs similitudes et leurs différences. On peut très bien modifier la fiction, on peut la rembobiner ou la changer au montage. Intéressante est d’ailleurs cette réflexion comme quoi à partir d’un même tournage, selon les prises choisies, on peut donner naissance à une infâme bouse comme à une perle du septième art. Dans la vie, il est plus difficile de rectifier le cours des choses et même si on triche, on le fait en acceptant plus ou moins bien le poids du secret, du mensonge. Car il y a des situations doubles dont on ne peut ressortir indemne. Lena, en tombant amoureuse de Mateo, va se mettre bien plus en danger qu’elle ne le croit. Elle s’abandonne, devant comme derrière la caméra avec son réalisateur et joue un rôle à l’écran comme dans la vie avec son compagnon Ernesto Martel qu’elle qualifie de « monstre ».




Avec une intrigue riche en révélations, en destins brisés, en trahisons et en personnages nuancés, ce nouveau film d’Almodovar s’appuie sur des recettes à la fois classiques et efficaces qui lui permettront à la fois de foudroyer les plus cinéphiles (de nombreux plans hommages au cinéma ou d’une belle inventivité – cette scène de sexe sous les draps sans que l’on distingue les corps) et les amateurs de divertissements bien foutus et jamais crétins. Un beau bijou, sensuel et passionné.

 

Film sorti le 20 mai 2009


Par Voisin Blogueur - Publié dans : Le blog cinéma
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