Copyright : Pierre Grise Distribution
UN FILM DE LIONEL BAIER
Bienvenue à Bulle, en Suisse, où vit Loïc (Pierre Chatagny), un jeune gay un poil décérébré. Il n’a jamais connu l’amour et passe son temps à faire des rencontres Internet. Les amants se multiplient, les conversations sont inexistantes ou très réduites : Loïc consomme et se fait consommer. A Bulle, il travaille à la chaine dans une usine de chocolat. Mais souvent il va à Lausanne voir sa meilleure amie Marie (Natacha Koutchoumov), étudiante et hôtesse dans un musée. Marie l’instruit, le conseille, s’amuse de son regard d’enfant. Mais quelque chose va changer. Loïc n’est jamais tombé amoureux. Il rencontre pour la première fois un homme (Lionel Baier, majoritairement hors champ) qui s’intéresse à lui, lui pose des questions, est attendri. Est-ce la naissance d’un amour ? D’une amitié ? Ca fait quoi d’ailleurs l’amour, on se sent comment ? Alors que Marie est courtisée par un garçon, Loïc devient maladivement jaloux avant de vouer un culte à un joueur de foot local. Tranche de vie d’un gay parmi tant d’autres qui cherche sa voie…
Pour son premier long-métrage, Lionel Baier nous offre un film d’une spontanéité rare. Portrait fauché et intimiste
d’un jeune gay suisse, Garçon stupide –comme son titre l’indique- se moque pas mal de son personnage principal qui ne sait pas qui est Hitler ou se rêve en photographe suite à
quelques clichés pris avec son téléphone portable. La candeur de Loïc peut donc paraître risible mais elle devient surtout rapidement touchante. Par le biais du personnage de Marie, nous
apprenons à regarder Loïc avec tendresse et amusement. Pierre Chatagny interprète son rôle avec un naturel ravageur, à un tel point que l’on finit par se demander ce qui est réel
ou fictionnel.
Si la photographie du film est cheap, le réalisateur livre des plans souvent travaillés et non dénués de poésie. Il expérimente, s’adonne au split screen, parvient à nous faire partager la quête de repères de ses protagonistes. Il porte surtout son regard sur une jeunesse pas très futée, qu’on serait tentés de juger trop vite. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un accès facilité à la culture, d’être entouré de personnes curieuses nous faisant partager leurs découvertes. Loïc est inculte mais curieux. Et c’est sans doute un des plus beaux aspects de Garçon stupide : suivre l’éveil à la curiosité d’un jeune homme, découvrir avec lui ce qui sera peut-être sa vocation.
Lionel Baier signe une œuvre sentimentale qui dévoile aussi bien le portrait d’une amitié très forte mais aussi sensible, le récit d’une rencontre Internet pas comme les autres et l’itinéraire d’un garçon qui va s’ouvrir et découvrir le monde dans lequel il vit. Excellent mélange d’humour, de situations incongrues (les dialogues entourrant les « plans cul » de Loic) et de moments fragiles et tendres, ce premier film traine quelques maladresses qui finissent toujours par devenir des forces. Ainsi, le final à l’eau de rose passe diablement bien. Lionel Baier se révèle alors comme un cinéaste sensible, inspiré et en quête d’un cinéma libre et sans tabous. Un grand bol d’air frais.
Film sorti en 2005
Mon mail (mettre "@" à la place de "[at]") :
tadahblog[at]hotmail.fr
Mobile : www.tadahblog.com/mobile
Restons connectés dans le monde virtuel :
|
|
Derniers Commentaires