Source Photo : Collection Allociné
UN FILM DE LARS VON TRIER
Les rails qui défilent, une voix off (Max Von Sydow) qui tente de nous hypnotiser…Nous voilà plongés dans l’Allemagne de la fin de 1945, sous l’occupation alliée. Leopold Kessler (Jean-Marc Barr) retrouve son oncle Léo dans un pays quasi apocalyptique où la terreur règne. Le souvenir frais et la douleur du nazisme, la faillite de nombreuses entreprises, une sorte de chasse aux sorcières vis-à-vis de collabos…Et d’étranges nazis qui subsistent dans leur fanatisme et que l’on appelle les « Loups garous ». Leopold travaille comme contrôleur de wagons lits sur un train qui témoigne des angoisses de chacun face à une Allemagne perdue. Il fait la rencontre de la famille Hartmann, puissante jadis mais embarrassée par de vieilles collaborations dangereuses. Au milieu des secrets et des peurs, Leopold se lie surtout avec la fille de la famille, l’ambivalente Katharina (Barbara Sukowa) qui lui avoue avoir fait partie des Loups garous. Alors qu’une relation amoureuse débute, Leopold est confronté à ses propres zones d’ombres et ne sait plus très bien où il en est : complice de sortes de néo-nazis comme chasseur de ces derniers, bon samaritain ou organisateur de crimes…Pas facile de savoir qui l’on est à cette période obscure de l’Histoire.
Lars Von Trier nous entraine dans un voyage fait de manipulations. Manipulation narrrative avec la voix de Max Von Sydow qui déplace son personnage principal (et donc nous-mêmes) et le contrôle comme bon lui semble. Manipulations (et trahisons) aussi des uns et des autres, on ne sait jamais vraiment ce que cache chaque protagoniste et chacun semble porter un lourd passé et être sensible à des idéologies floues. Lors d’une conversation, il est dit qu’il n’y a rien de pire que les gens qui ne prennent pas parti, qui ne s’engagent pas. Dieu pardonnerait plus facilement à un nazi qui a défendu cette cause abjecte guidé par la foi qu’à quelqu’un qui n’a jamais cru en rien. Idées et sentiments se mélangent et guident peu à peu les personnages vers leur chute.
Esthétiquement sublime, ambitieux, Europa mélange le noir et blanc avec la couleur ou passe de l’un à l’autre quand il n’opte pas pour d’impressionnantes surimpressions. La manipulation du spectateur est ainsi aussi bien esthétique que narrative, nous plongeant dans une hypnose cinématographique fascinante et vénéneuse. Où se trouve la vérité ? Les images, les personnages mentent, tout le monde se perd et les malentendus se succèdent. Du point de départ à l’arrivée, de la vie à la mort, Lars Von Trier nous entraine dans un voyage à la fois sombre et sublime.
Film sorti en 1991
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