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UNE SERIE DE MATTHEW WEINER
Attention spoilers !
Après une première saison qui relevait du chef d’œuvre désenchanté, Mad Men poursuit sa route avec une nouvelle fournée d’épisodes dans la droite lignée des précédents.
Le fascinant Don Draper (Jon Hamm) continue de nous troubler. Publicitaire séduisant et sûr de lui, père de famille
respecté mais aussi et surtout mari infidèle et manipulateur. Ce personnage déclenche à la fois la compassion (on a l’impression qu’il agit comme un gosse incapable d’évaluer les conséquences de
ses actes) et la colère (quel égoïste tout de même !). Avec sa femme Betty (January Jones), ils formaient un couple beau, riche, un modèle. Modèle qui dans cette deuxième
saison explose après une accumulation de non dits et de frustrations.
Betty est une femme extraordinaire et insatisfaite. Une jolie poupée qui n’en peut plus d’être bloquée dans sa maison avec des enfants qui ne tiennent pas en place. Face à un mari de plus en plus absent, la colère monte. Mais lorsque Betty va soupçonner , à juste titre, Don de la tromper, elle va se révéler plus forte que ce que l’on pouvait imaginer. Incroyable est la réaction de l’homme qui la blame presque de penser une telle chose, qui nie tout en bloc. Don Draper peut vraiment être une crapule. On souffre en silence avec Betty qui enchaine les cigarettes et fixe le vide qui l’entoure. Elle finira par mettre son mari à la porte et à lui faire remarquer qu’elle ne voit pas de changement quand il ne rentre pas à la maison le soir. Mais le pense-t-elle vraiment ? Alors qu'elle est envahie par un furtif désir vis-à-vis d'un jeune homme rencontré à l'équitation, que son père est frappé par la maladie, qu’elle est à nouveau enceinte, Betty se retrouve comme piégée par les apparences. A force d’avoir joué avec Don au couple américain parfait, ils ne savent plus qui ils sont, ce qu’ils veulent vraiment.
A la vie au foyer s’oppose la vie de bureau. L’agence Sterling Cooper connaît de grandes mutations. Dans les locaux se déroule
l’irrésistible ascension de Peggy Olson (Elisabeth Moss). Hier secrétaire, elle s’impose peu à peu comme une rédactrice de talent. De plus en plus sûre d’elle, extrêmement
consciencieuse et ambitieuse, elle lutte pour s’imposer dans un milieu d’hommes. Si elle finit par obtenir le respect de chacun, c’est au détriment d’une vie personnelle qu’elle essaie de fuir. A
la fin de la première saison, à peine promue, Peggy découvrait qu’elle était enceinte suite à sa brève liaison avec son supérieur Pete Campbell (Vincent Kartheiser). Elle a
finalement accouché et plus ou moins abandonné son petit qui vit chez la mère de Peggy, caché. Personne n’en sait rien, excepté Don Draper, qui s’y connaît bien quand il s’agit de tromper le
monde. Il a aidé Peggy à faire face à cette situation scandaleuse à l’époque (rappelons que l’action de la série se situe dans les années 60). Très intéressant et touchant ce lien entre Draper et
son ancienne secrétaire. Comme si la soif de réussite professionnelle, le désir de s’accomplir, passait forcément par des actes terribles. Préférant faire comme si rien ne s’était passé, Peggy
semble pourtant bien être en quête de rédemption. Elle va se lier avec un prêtre qui voudrait bien l’amener à se confesser. Mais la relation entre ces deux-là semble bien plus complexe qu’il n’y
parait. Peggy en pince pour le Père…
Du côté des autres membres du bureau, le désenchantement, les heureuses nouvelles, les crises et les coups durs s’enchainent. Pete Campbell commence enfin à prendre son envol dans l’agence mais sa vie personnelle est un désastre total. Sa femme est stérile et veut adopter, il n’a aucune envie d’envisager cette option. Alors que son père décède, il voit l’opportunité de s’accomplir lui-même…Mais Pete n’est jamais vraiment libre : son beau-père avec qui il est en affaires lui fait du chantage, certains membres de l’agence le manipulent. Et pendant ce temps, Pete suit amoureusement l’évolution de Peggy. En douce, on sent bien qu’il l’aime de plus en plus. Mais comment gèrera-t-il la vérité sur l’enfant que Peggy a eu de lui ?
Si Mad Men a charmé beaucoup de spectateurs, c’est aussi pour ses portraits de femmes en quête d’émancipation. Pas sûr que ce soit
exactement ce que recherche la pulpeuse rouquine Joan (Christina Hendricks). Sa liaison avec Roger achevée, elle se trouve un médecin qui la demande en mariage. Mais le jeune
couple vole très vite en éclat, le compagnon de Joan se retrouvant à la violer pour assouvir son désir de lui faire l’amour dans un bureau de l’agence. Joan n’en parlera pas. Elle sauve
toujours les apparences. Toujours pro, toujours dispo, elle ne montre jamais sa douleur. Ainsi, alors qu’on lui offre l’opportunité d’effectuer un travail plus épanouissant que son rôle de
secrétaire en chef, Joan accepte et donne tout. Mais son travail sera à peine reconnu et on préfèrera embaucher un homme plutôt que de la promouvoir. Un horrible coup dur qui finalement ne sera
pas plus montré que ça. C’est sans doute la grande force de la série : montrer des situations, des évènements horribles, et laisser les personnages tout intérioriser. C’était le cas de Betty
dans la saison 1 mais qui a fini par éclater dans la saison 2. Est-ce que la saison 3 nous montrera une Peggy et une Joan en pleine explosion ?
Dans le rayon des non-dits, les scénaristes creusent la question de l’homosexualité. On admirera la cohérence entre les épisodes. Les personnages sont vraiment suivis, rien n’est anodin. Dans la saison 1 on retrouvait un des membres de l’agence, Salvatore (Bryan Batt), en train de prendre un verre avec un client. Une scène étrange où le client tentait de le pousser à avoir une relation avec lui. Si Salvatore jouait à l’indigné, ses mouvements efféminés et ses regards troublés laissaient bien entendre qu’il était question d’une homosexualité refoulée. Dans la saison 2, Salvatore craque en silence sur son jeune collègue, Ken (Aaron Staton). Il l’invite à diner chez lui et cela donne des scènes assez surréalistes. Salvatore est marié et reçoit Ken autour d’un diner. Il laisse sa femme de côté et se passionne pour tout ce qui sort de la bouche de son jeune invité. Il en fait trop. Ken oubliera son briquet, Salvatore le gardera comme un objet de fétichisme. Il est évident que Ken est hétérosexuel, que tout cela n’est que fantasme. Un fantasme qui ne prendra jamais forme : comment affirmer son homosexualité dans une agence si misogyne ? Salvatore rejoint ainsi le clan des personnages dont la vie est basée sur un mensonge, avec sa femme qu’il n’aime pas et ses frustrations. Et pourtant…une des jeunes recrues du bureau finit par balancer ouvertement qu’il est gay. La réaction de Salvatore face à la révélation, en arrière plan, en dit long : il a face à lui quelqu’un qui ose faire ce qu’il pense être incapable d’assumer.
A tous les brillants portraits de personnages en pleine crise identitaire s’oppose l’évolution de l’agence même. Une fusion va avoir
lieu, un coup monté par Duck Phillips (Mark Moses), gros salaud de la série. Un homme peu loyal, assoiffé de pouvoir et qui semble avoir en horreur Don Draper. Alors que la
saison se termine, Duck est nommé président suite à ses manipulations et Don est sur le point de quitter le navire…
Beaucoup de choses dans cette saison 2. Un côté assurément plus soap et aussi plus sombre. Les personnages sont vraiment poussés dans
leurs retranchements. Les nombreuses intrigues ne m’ont pas posé de problèmes car je trouve que tout est formidablement traité et virtuose. Avec une réalisation toujours aussi glamour que
révélatrice d’un rêve américain qui n’existe que dans la publicité. Aux intrigues personnelles se mêle un portrait de l’Amérique entre crash aérien, mort de Marilyn Monroe et plan pour renverser
Fidel Castro. Les scénaristes livrent des épisodes aussi intimes qu’universels. Si Mad Men passionne autant, c’est aussi beaucoup pour cette écriture
qui laisse de la place au silence ou pour des dialogues sublimes et terribles de justesse, de vérité. Une série relativement difficile, qui n’épargne aucun protagoniste mais qui n’en est que plus
sublime.
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