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UN FILM DE STEPHEN DALDRY
Allemagne, 1955. Michael Berg (David Kross / Ralph Fiennes), adolescent de 16 ans, rencontre Hanna Schmitz, deux fois son ainée. C’est une rencontre de hasard, juste avant que Michael apprenne qu’il a la Scarlatine. Une fois remis, le jeune homme rend visite à Hanna. Il y a une certaine tension érotique dans l’air…Finalement le garçon de bonne famille et la modeste contrôleuse de train vont entamer une liaison torride. Entre deux moments coquins, Michael lit des livres à Hanna. De l’odyssée d’Homère à La dame au petit chien de Tchekhov (des références littéraires pas du tout innocentes). Mais un jour, Hanna disparaît, mettant fin prématurément à une relation passionnée mais victime du temps qui passe. Michael s’en remettra plus ou moins, il se lancera dans des études de droit. C’est dans ce contexte qu’il assistera dix ans plus tard à un procès fait à d’anciennes gardiennes de camps de concentration. Et aux bancs des accusés on retrouve Hanna…
Adaptation du best seller de Bernhard Schling, The reader est une fois de plus l’occasion d’admirer
les talents d’actrice de la fascinante Kate Winslet. C’est un rôle de composition qu’elle tient là, un rôle de femme de classe modeste, pas très futée, brisée par la vie. Un rôle
à Oscar ? Assurément. On regrettera alors certains traits forcés et autres excès de maquillage. Heureusement, le personnage se révèle diablement plus dense qu’une banale caricature. Hanna
Schmitz a accepté de travailler pour les SS. Sans états d’âmes, parait-il. Est-ce que cela fait d’elle une meurtrière ? Et quel lien entretenait-elle d’ailleurs avec ces
« favorites » des camps ? Le même lien que celui entretenu avec le jeune Michael ? Le scénario laisse planer le doute, attisant la fascination pour un personnage ambivalent.
Aussi sensible que monstrueux.
La première partie du film évoque la relation sulfureuse entre un ado et une femme bien plus âgé que lui. Le corps de David Kross, interprète de Michael jeune, est superbement érotisé. Ce garçon à la beauté commune au premier abord devient soudainement un objet de fantasmes. La relation qui se tisse est charnelle et passionnante. Si on pourrait croire qu’Hanna va faire l’éducation sexuelle et sentimentale de Michael, on finit par remarquer que le jeune homme a lui aussi beaucoup à apporter à sa maitresse. Il lui lit des livres, lui raconte des histoires, l’emmène vers des territoires imaginaires. Ce premier amour, adolescent, hors des conventions, donne à The reader une intensité folle.
La deuxième partie du film convoque les fantômes du nazisme et se révèle plus classique. La justice est remise en question. La loi
n’est pas toujours juste, elle évolue avec le temps, condamne des actions sans toujours penser à l’humain qu’il y a derrière. Alors que les autres accusés mentent et manipulent, Hanna ose à tort
la franchise. Elle ne ment que sur un détail (celui qui aurait pu la sauver), par honte. Elle se retrouve alors identifiée à son tour avec un numéro, enfermée dans une cellule, sans rien…ou
presque. Des décennies plus tard, Michael ne l’a pas oublié et va la recontacter à sa manière.
Portrait d’une passion folle, aussi idéalisée que dévastatrice, souvent déchirante, The reader n’échappe pas au piège de la « production de qualité hollywoodienne ». Stephen Daldry a tendance à manquer de subtilité, à trop insister sur des éléments pourtant évidents. Mais nous sommes là devant une histoire tellement bouleversante et incarnée qu’au final on se laisse volontiers emportés. Un grand moment d’émotion.
Film sorti le 15 juillet 2009
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