Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /2009 09:32



Copyright : ED Distribution

UN FILM DE GUY MADDIN

 

Guy Maddin (Erik Steffen Maahs) retourne sur l’île de son enfance à la demande de sa mère mourante (Gretchen Krich). Elle aimerait bien que Guy repeigne le phare qui leur servait de maison. Mais si la peinture redonne vie à certains murs, elle fait surtout ressortir les fantômes du passé. Enfant, Guy (Sullivan Brown) vivait des jours difficiles en compagnie de sa famille. La mère était intrusive et castratrice, le Père (Todd Jefferson Moore) s’enfermait dans son mystérieux atelier pour préparer des potions, la Sœur (Maya Lawson) passait son temps à jouer la rebelle. Mais ils n’étaient pas seuls : les parents de Guy avaient fait de leur phare un orphelinat. Des règles de vie strictes mêlées au désespoir et peurs de chacun. Suite à de curieux incidents, une célébrité fit son apparition sur l’île : Wendy Hale (Katherine E. Scharhon), qui avec son frère formait les « Enfants Lumières », détectives de grande renommée. Wendy , qui avait le physique et le charme d’une star du cinéma muet, ne tarda pas à faire tourner la tête du petit Guy. Mais les pensées de Wendy allaient plutôt vers Sis…la sœur de Guy. Persuadée qu’en tant que femme elle n’avait guère de chance avec l’élue de son cœur, Wendy se déguisa alors en Chance, son frère. Le débordement des désirs de chacun n’empêcha pas l’enquête du phare d’avancer. Quelque chose de bizarre se tramait dans les environs, des secrets étaient à découvrir…

 

Il y a parfois des gens qui nous rappellent qu’être cinéaste c’est être artiste. Guy Maddin, réalisateur encore assez peu connu du grand public, est un auteur fou, débordant d’imagination et parvenant à tirer le meilleur des contraintes budgétaires qu’on lui impose. Des trous dans la tête est un voyage multiple. Un voyage au cœur du passé, des souvenirs d’un homme qui retrouve son regard d’enfant. C’est l’occasion pour le spectateur de se plonger lui-même dans des passages enfouis de son existence. Mais c’est aussi et surtout un voyage au cœur du cinéma. Car ce long-métrage opte pour une réalisation singulière, prenant modèle sur le cinéma muet. Non, vous n’entendrez pas parler les personnages, ce qui se déroule devant votre écran est une histoire, un conte vénéneux qui nous est conté par Isabella Rossellini. Il suffit alors juste d’ouvrir grand les yeux et les oreilles pour apprécier la beauté hypnotique des images et la force de la narration.




 

Guy Maddin se présente comme un cinéaste qui a la foi. Il a foi autant en ses spectateurs (qu’il pense suffisamment exigeants et curieux pour se plonger dans cette œuvre débordante) que dans le cinéma duquel il convoque de nombreux fantômes. Très vite on passe d’une curiosité amusée à une émotion folle. Ca fuse de partout : les séquences sont souvent brèves, saccadées, les mots s’insèrent, s’enchainent, se répètent, la voix de la narratrice s’amuse à orienter nos émotions ou à nous perdre dans ce tourbillon d’images et d’idées, de propositions de cinéma et de bouts de vies, de rêves. Surréaliste, onirique, vaporeux…on ne sait plus trop bien quels qualificatifs employer devant un tel spectacle. On se laisse juste emporter par le courant.

 

Ce qui aurait pu être un film touchant sur les souvenirs de jeunesse, l’innocence perdue, se mute très vite en un trip inquiétant et cauchemardesque mettant en scène les pires recoins de l’âme humaine. A l’horreur des uns s’oppose pourtant l’éclat des autres. La haine et l’amour. L’enfance et le monde adulte. Les plans sont tous extrêmement inspirés, provoquent des réactions très fortes, s’impriment dans nos têtes et ne nous lâchent plus. Un voyage sensoriel et universel dont on ressort complètement secoué.




 

« Des trous dans la tête », titre du projet fait aussi bien référence aux souvenirs flous qu’à l’intrigue qui rythme l’itinéraire du jeune Guy. De mystérieuses affaires de manipulation, de savant fou et de vieille sorcière insoupçonnée. Découpé en 12 chapitres, le film empreinte des chemins de plus en plus surprenants et refuse de prendre la pose. Ainsi on comprend au fil du récit que nous sommes avant tout confrontés à une œuvre sur le désir. Maddin questionne le genre (dans tous les sens du terme) : conte, film horrifique, chronique nostalgique mais aussi fille ou garçon (le travestissement de Wendy/Chance, le désir de Wendy pour Sis, le désir étrange de Guy pour Wendy puis secrètement Chance). Difficile de s’assumer, de faire face au regard et à l’amour des autres. Le désir est à la fois source de liberté et de prison, d’envies et de craintes. Il faut voir comment la Mère de la famille bride sa fille, comment elle envisage les rapports sexuels (son mari est présenté comme un monstre qui va la dévorer) avant de se sentir mystérieusement rajeunir.

 

Des trous dans la tête est un voyage à travers le temps ou plutôt un voyage intemporel. On peut essayer de combattre toute sa vie le temps, d’espérer une jeunesse éternelle mais on oublie trop souvent que certaines personnes, certaines images (et certaines images de personnes) ne s’effacent jamais, les sentiments qui vont avec non plus. Magnifique est ainsi la relation de Guy à sa mère tyrannique. Malgré tout, quand elle s’éteindra il aura envie de lui dire qu’elle était une bonne mère. Magique et bouleversant, un film qui n’a rien à envier aux grands classiques du cinéma.

 

Film sorti en 2008

Sortie en DVD le 6 octobre 2009 aux éditions ED Distribution


 

 

SUPPLEMENTS DVD

 

Pour ceux qui comme moi avaient loupé ce bijou lors de sa sortie en salles et le découvriront en DVD, sachez que cette édition comporte trois versions pour la narration. Vous pourrez ainsi choisir de vous laisser conter Des trous dans la tête en version anglaise sous-titrée par Isabella Rossellini ou le réalisateur Guy Maddin himself ! Une version en français est aussi disponible et c’est également Isabella qui s’y colle. Une façon comme une autre de revoir ce film encore et encore. Dans les bonus on trouve aussi une petite vidéo qui nous montre le travail sur le son effectué pour ce projet fou. L’occasion de vérifier que Maddin ne manque vraiment pas de ressources pour mettre en place son univers : il emploie des subterfuges parfois délirants.

 

A noter qu’en plus de la sortie DVD du film, une rétrospective Guy Maddin est prévue à Paris au Centre Pompidou du 15 octobre au 7 novembre en partenariat avec le Festival d’Automne qui proposera le 19 octobre une représentation scénique de Des trous dans la tête. Avis aux curieux !

Par Voisin Blogueur - Publié dans : Instants DVD
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