Copyright : Europa Corp Distribution
UN FILM DE XAVIER GIANNOLI
Un homme (François Cluzet) parcourt la France et vit de petites arnaques. Alors qu’il se pose quelques jours dans une petite région en se faisant passer pour un chef de chantier, il s’attire malgré lui la curiosité et la sympathie des habitants du coin. Quelques années auparavant, un projet d’autoroute avait été annulé, entrainant faillites et licenciements. Alors quand tout le monde apprend qu’un chef de chantier est dans les alentours, l’espoir renait. Pris de cours, frappé par la détresse de ces gens, l’escroc qui se fait appeler Philippe Miller va se retrouver pris dans le tourbillon du mensonge. Plutôt que de révéler sa vraie identité, il va se prendre au jeu et tromper pendant des semaines toute la région en rouvrant le chantier abandonné. Mais ,comme on pouvait s’en douter, après un premier temps où chacun reprend le chemin du travail avec plaisir et songe à une vie meilleure, la réalité va revenir au galop. Jusqu’où Philippe Miller poussera la supercherie ?
Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes en 2009, A l’origine marque un virage vers un cinéma plus social (mais pas moins personnel) pour le réalisateur Xavier Giannoli (plutôt habitué jusqu’alors aux films sentimentaux intimistes). Une œuvre de bon ton par ces temps de crise, qui montre une région accablée par le chômage, au bord du désespoir. Cruelle est donc l’incursion de l’escroc / anti-héros magnifiquement interprété par Francois Cluzet. Il va apporter à ces gens du bonheur, du rêve, une porte de sortie…du moins en apparence. Le scénario d’A l’origine oppose avec brio l’évolution de l’énorme mensonge de Philippe Miller, son influence sur le moral des habitants, à l’extrême solitude qui découle de la mythomanie.
On saluera donc avant tout un portrait d’homme sombrant peu à peu dans une certaine folie. Un homme qui a toujours trompé son monde
pour le fric mais qui maintenant se retrouve à mentir pour entretenir l’espoir de gens démunis. Les personnages secondaires sont assez brillants, extrêmement émouvants. Soko et
Vincent Rottiers forment un jeune couple bien d’aujourd’hui, un jeune couple qui peine à joindre les deux bouts. On voit dans les regards des personnages une détresse infinie,
une candeur perpétuelle. Et on a mal, on a peur pour eux.
Le mensonge est toujours un sujet passionnant. Un éternel cercle vicieux. C’est bien connu : un petit mensonge inavoué conduit à d’autres mensonges, de plus en plus gros. La tension monte progressivement, notre homme s’amourache de la maire des environs (Emmanuelle Devos, parfaite et qui fait bizarrement penser à Ségolène Royal). On suffoque : tout est voué à la destruction, tout n’est que tromperie. Miller s’enfonce toujours un peu plus dans chaque scène. Jusqu’à la fin, il tiendra à finir la construction de son petit bout d’autoroute, à accomplir "sa" mission.
Une route nécessaire pour cet homme qui tout en étant sous pression retrouve foi en l’humanité. Grâce à un scénario très fort, des interprètes irréprochables et une mise en scène sobre et appliquée, A l’origine touche souvent droit au cœur. De quoi largement passer outre quelques problèmes de rythme.
Film sorti le 11 novembre 2009
Derniers Commentaires