
Copyright : Les Films Noirs
UN FILM DE JACQUES BRAL
Léo (Gérard Lanvin), un ex publicitaire, en a marre de sa vie trop réglée avec sa compagne trop ordinaire. Un jour, il décide de tout lâcher, de quitter leur appartement et d’essayer de vivre libre. Il squatte chez un ami de longue date, Bony (André Dussolier). Ce dernier glande pas mal aussi, c’est un écrivain en panne d’inspiration. Perdu, en transition, Léo s’aventure dans la nuit parisienne et traine dans les bistrots. En prenant un taxi, il fait la connaissance de Cora (Christine Boisson), qui travaille comme chauffeur et a pour habitude de faire ce qu’elle veut et quand ça lui chante (elle passe ainsi clairement ses heures de travail à rouler et se balader sans prendre de courses). Léo et Cora passent la nuit ensemble. Ce qui n’aurait pu être qu’une histoire de sexe se mue peu à peu en une romance un poil destructrice. Cora n’est pas du genre à s’attacher. Alors que Léo s’égare dans la spirale des sentiments, son ami Bony reste chez lui et commence un peu à broyer du noir. En effet, il est toujours celui qui reste dans l’ombre, le bon copain bizarre qui ne sait pas bien parler aux femmes. Les nuits s’enchainent, Léo, Cora et Bony se cherchent, se frôlent, s'entrechoquent. Une tranche de vie nocturne qui pourrait peut-être les marquer à jamais.
Extérieur, nuit n’est pas un film de scénario malgré des dialogues qui sonnent particulièrement juste et des
personnages finement élaborés. Nous sommes avant tout ici face à un film d’ambiances. Jacques Bral nous entraine dans la nuit parisienne, une nuit parisienne loin des clichés des
discothèques et de la démesure. Ses protagonistes trainent dans des bistrots, passent la majorité de leur temps sur la route ou sur le pavé. Ils rêvent sans doute d’un ailleurs, ne savent pas
trop où ils vont. Il suffit d’une simple marche à pied dans la rue ou d’une simple course de taxi pour que l’on se retrouve pris dans une atmosphère puissante, charnelle, désenchantée.

Gérard Lanvin (tout jeune et d’une beauté renversante) livre une interprétation impressionnante. Léo , son personnage, est victime d’un curieux paradoxe. Il a tout fui pour retrouver la liberté et maintenant que l’amour le submerge, il n’a plus qu'une envie : s'engager. Mais l’objet de son affection, Cora, n’est certainement pas le meilleur choix (c’est sans doute aussi pour cela qu’il a jeté son dévolu sur elle). Cora c’est l’insolence, la beauté sauvage de la nuit. Elle est insaisissable. Bral avec assez peu de matière tisse mine de rien un grand film de cinéma. A la fois linéaire et assez abstrait, entre morceaux de jazz et de tango, Extérieur, Nuit a cette faculté de nous plonger dans une ambiance très intimiste, de nous faire vivre les émotions aux côtés de ses personnages fuyants et nostalgiques avant l’heure. Tout cela pour savourer presque physiquement une tranche de vie simple mais ô combien attachante.
Film sorti en 1980
Reprise en salles le 27 janvier 2010
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