Grande semaine (qui justifie la publication tardive de ce billet) puisque je n’ai pas testé un bar mais trois d’un coup. Une soirée délicate car commencée sans être tout à fait célibataire
(mon actuel boyfriend refusant de me voir ailleurs que chez lui, sentant peut-être le rendez-vous rupture – et profitant de détenir mon ipod pour m’imposer un passage dans son appart’). C’est
donc avec mauvaise conscience que j’ai entamé ma nuit.
Je suis tout d’abord allé au COX. Situé au 15 rue des Archives dans le 4ème arrondissement de Paris, ce lieu était pour moi associé à des rencontres privilégiées pour
amateurs de garçons plus mûrs, voire « bears » (comprendre mecs un peu trapus ou musclés, avec du poil et souvent chauves). Cette image, je l’ai car à chaque fois que je suis passé
devant le Cox, je voyais des mecs du type « bear » sirotant leur bière. Je me suis donc un peu jetté dans la gueule du loup. A ma plus grande surprise, en entrant dans le bar, j’ai
pu remarquer que c’était beaucoup plus « mixte » et diversifié que la représentation clichée que je m’en étais fait (ça dépend peut-être des soirées). On entre, il y a une pièce,
un bar imposant en forme de « U », une déco assez minimaliste (principalement du rouge et du noir). L’intérieur n’est pas trop blindé, ça se bouscule plutôt devant l’entrée (coin fumeur
oblige – à noter que pour le moment les clients du Cox peuvent sortir fumer avec leur conso, ce qui est assez plaisant et rare pour être signalé). Les serveurs sont plutôt sympas et les prix pas
trop prohibitifs. S’il n’y avait pas autant de nounours que ce à quoi je m’attendais (je précise au passage que je ne suis pas du tout attiré par ce « style » d’hommes- si je dois
craquer pour un homme plus âgé ce sera assurément pour un bobo, chacun ses trips bizarres), la clientèle est globalement plus âgée qu’ailleurs. L’ambiance n’est pas trop à la drague, c’est plutôt
un endroit convivial où les gens viennent entre amis. Bon esprit, pas l’idéal pour ceux qui viennent « chasser ». J’ai vu quelques charmants trentenaires barbus, mais mon attention
s’est quand même vite portée sur le plus « lisse » du bar. Un mec proche de la trentaine, seul dans son coin avec sa bière, habillé avec une belle veste noire, écharpe beige, brun
cheveux courts.
Avant d’entamer le traditionnel jeu de regards, j’ai fait un tour aux toilettes. Un petit côté entrepôt au niveau de la déco, mais pas glauque.

De retour au bar, je commence à lancer des regards discrets à ma cible. Il répond mais ne se bouge pas. Ca dure bien trente minutes. Il a décidément du mal à faire le premier pas et ça m’énerve.
J’estime qu’on a pas tous les jours une vingtaine d’années et cela inclut que quand on est plus jeune, on attend gentiment que le garçon plus âgé vienne « nous chercher ». J’aurai tout
le temps de faire le premier pas quand j’aurai passé la trentaine mais pour le moment je compte encore profiter de ce qu’il me reste comme avantage de jeunesse. Et je précise que je suis bon
joueur – à chaque fois qu’un garçon plus jeune me plait (ce qui reste quand même rare – je trouve déjà les garçons de mon âge souvent chiants alors les plus jeunes…), je fais toujours le premier
pas. Bref, le garçon du soir avait tout faux. Je sors fumer une cigarette. Je repère un autre beau trentenaire, style Bradley Cooper. Pas de bol : il a une voix qui
contraste totalement avec son physique (comprendre qu’il avait un physique d’homme fort, sportif et charismatique et une voix de jeune fille). Je décroche et regarde les gens passer dans la rue.
Ma cible sort du bar, me zieute et s’en va. C’est mort !
Il n’est pas encore 23h, je ne suis pas fatigué, je décide de tester un autre bar. Je me rends au Mixer. Ce bar situé 23 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, toujours dans le quatrième arrondissement, donne envie de l’extérieur. On aperçoit des couleurs plus ou moins vives, le logo est enfantin. Je fume une cigarette avant de rentrer et là je vois revenir vers moi « la cible du Cox ». Il passe, me lance un sourire extrêmement pervers et se pose à l’angle de la rue. Il attend que je vienne le rejoindre. On se regarde de loin, j’hésite. Il a vraiment l’air d’un tordu soudainement, je ne suis pas rassuré.
Finalement, je rentre seul au Mixer. Et là c’est la grande classe : j’ai à peine le temps de me commander mon verre de whisky coca qu’une bande de garçons me fait des signes. Je ne les
connais pas, ils sont quatre. Il y a un mec de 46 ans pas sexy mais gentil (forcément le plus direct et dragueur du groupe), un mec d’à peu près mon âge (mais trop « précieux » pour
moi) et deux trentenaires qui font moins que leur âge et particulièrement craquants. Je suis poli, je parle un peu à tout le monde mais rapidement j’engage des conversations avec mes deux
préférés. Ils sont meilleurs amis. Le premier vit entre Marseille et Paris, à des origines maghrébines, a 35 années au compteur mais en fait 25. Pas très grand, bien gaulé, le regard vif, une
belle bouche, habillé « casual ». Il a une allure de gentil garçon, fêtard, à la fois introverti et extraverti par moments. Il est chercheur, il a un petit accent marseillais discret et
sexy, il adore le cinéma. On parle du dernier Scorcese, d’Antichrist (qu’il a adoré – très bon point, il a du goût). Il paie des tournées de Pastis, ma tête
commence à tourner un peu. Nettement moins que lui en tout cas qui ,au fil de la conversation, commence à s’embrouiller et prendre les traits fatigués de l’ivresse. Il part largement favori pour
la fin de soirée, me dit qu’il aimerait m’inviter à Marseille « en tout bien, tout honneur ». C’est un gentil. Le genre de garçon qui doit rarement se faire des « one shot »,
qui confesse avoir une vie sexuelle assez mesurée. J’aime la façon dont il parle à son meilleur ami, ils sont touchants, ils s’adorent, se font des private joke. J’en oublierai presque d’observer
le bar.
Au Mixer, quand on entre, il y a un petit espace pour danser. La déco est colorée, un peu kitsch mais mignonne : des tubes gris, des ballons oranges, du violet, une boule à facettes. A gauche, il y a un petit coin qu’on pourrait prendre pour un carré VIP (il n’y avait que des mecs en costard – pas mal d’ailleurs au premier regard mais trop sophistiqués en y regardant bien). Mais je ne pense pas qu’il s’agissait d’un carré VIP, l’endroit est trop convivial et sans chichis pour se la jouer comme ça. Et en faisant bien attention, nos amis en costard n’avaient pas du champagne mais une simple bière.
Il y a une sorte de petite mezzanine avec des tables au dessus. Et sur la droite le comptoir avec ce qu’il faut de tabourets pour s’asseoir. Le lieu n’était pas trop bondé, festif mais assez aéré. La musique est électro, pas super sympa mais pas déplaisante non plus. Le Mixer est un bar assez petit mais où la promiscuité semble assez rare (du moins ce soir-là). Les consos sont à un prix raisonnable pour Paris (moins de 5 euros la grande bière, environ 8 euros pour les alcools et une petite sélection de cocktails à découvrir). Pour fumer, il faut retourner à l’entrée dehors. Je fais justement une pause clope avec le meilleur ami du Marseillais.
Le meilleur ami du Marseillais vit en banlieue parisienne et est instituteur. Il a 31 ans mais fait 27 ans à tout casser. Il a le visage rasé de près, un polo Lacoste qui le moule un peu et laisse deviner qu’il s’entretient bien. Polo juste un peu entrouvert, de quoi laisser deviner un torse un tantinet poilu mais pas trop, juste ce qu’il faut. Appelons-le « Le garçon de la périphérie ». Le garçon de la périphérie apparaît comme complètement fou. Il est déjà assez torché, a une voix à la fois belle et rigolote. Il me raconte comment il s’est fait "tirer 1000 euros" sans s’en souvenir. Il était ivre mort et quelqu’un a réussi à lui choper sa carte bancaire et a lui soutirer son code (il a comme hypothèse que quelqu’un lui ait mis une drogue dans un de ses verres). Il raconte ça de façon drôle, presque amusé. Il est en apparence moins cultivé que Le Marseillais, beaucoup plus extraverti, expressif. Il est aussi plus tactile. Il a des yeux d’enfants, ronds, reflétant une certaine candeur.
De retour au bar, je suis un peu troublé. Les deux garçons me plaisent. Je ne sais pas si j’ai une chance avec l’un d’eux. Je vous vois venir, vous vous dites « ça va finir en plan à 3 cette histoire ». Non non non, ça ne pouvait pas se passer comme ça : ils sont meilleurs amis et pas du genre ultra libérés ou pervers pour penser partager un garçon ensemble. Ce ne pouvait être que l’un ou l’autre. Je sens une ouverture avec Le marseillais mais je me méfie : il est tellement gentil avec tout le monde que je peux mal interpréter les signaux qu’il envoie. Avec Le garçon de la périphérie je ne sens aucune ouverture, il semble être surtout là pour faire la fête. Il propose d’ailleurs de changer de bar. On bouge après avoir observé des gogos dancers montant sur le comptoir façon Coyote Girls, ornés d’ailes d’anges, se trémoussant avec comme seule tenue un slip blanc.
On finit au Central, petit bar situé au 33 rue Vieille du Temple, dans le troisième arrondissement. Le garçon de la périphérie connaît bien le serveur et ce dernier nous paie une
tournée. C’est un petit bar sans aucune prétention. Un endroit qu’on imagine chaleureux mais qui est tout à fait lambda. Sans doute le lieu idéal si on veut juste se poser. Un ami à moi nous
rejoint et il m’offre une rose (mon ami est un grand séducteur dans l’âme, il faut le voir à l’action, à côté de lui je suis vraiment un petit joueur – d’ailleurs à peine 30 minutes après son
arrivée il emballait déjà le garçon de la bande que je trouvais trop précieux // "les bons amis gays sont les amis qui n'ont pas les mêmes goûts que vous en matière de garçons"). Le
Marseillais fatigue, il est en train de cuver. On entame pourtant des discussions de fond (je suis ivre aussi et me lâche, je lui parle de l’ultime enfoiré qui m’a brisé le cœur à jamais etc.) Le
Central ferme, il faut bouger. Mon ami propose d’aller finir la soirée au Cud. On s’y dirige doucement.

L’heure tourne, il est déjà deux heures du matin passé. On rentre au Cud et c’est mortellement blindé. On suffoque presque. J’apprécie vraiment la
compagnie du Marseillais et du Garçon de la périphérie, je me dis que même s’il ne se passe rien j’aurais vraiment rencontré deux types sympas. On descend au sous-sol et là c’est LE truc craignos
qui arrive. Je me retrouve nez à nez avec le boyfriend que je n’avais pas encore plaqué officiellement. C’est une situation gênante dans les deux sens. Pour moi qui me fait choper en pleine
sortie gay. Et c’est aussi bien craignos pour lui qui est là, tout seul. Je ne suis pas si bête, je comprends le fonctionnement: il en avait marre de ne pas me voir et il s’est dit qu’il allait
draguer (car on ne va pas tout seul au Cud juste pour boire un verre). Je suis à la fois embarrassé et énervé, mais aussi un peu apaisé (si c’était vraiment un mec bien, il n’aurait pas été
là ; si je suis un enfoiré, il l’est autant que moi). Pourtant je culpabilise. Je ne me sens pas très bien. Il me propose de passer la nuit avec lui, comme ça je récupèrerai mon ipod au
passage. Mais je n’en ai pas envie : j’ai bu, je ne me vois pas aller chez lui, accepter de coucher avec lui, mettre définitivement un terme à notre relation et partir. Même pour mon ipod
chéri, je ne me sens pas de le faire.
Alors que Le marseillais affiche une mine de plus en plus fatiguée, que mon ami est en pleine session de bouche à bouche avec sa target du soir,
je me retrouve dehors avec Le garçon de la périphérie. Je pose des questions indiscrètes et apprends pas mal de choses. Il n’a jamais eu de relation de plus de quinze jours, les relations
sérieuses l’ennuient, il n’aime pas les situations compliquées, les concessions. Il n’est pas fan de l’idée du couple, il ne veut pas « se prendre la tête ». En temps normal, je méprise
ce genre de mecs. J’aime les garçons qui se prennent la tête. Mais à ces confidences succèdent d’autres aveux : il a trente et un an et il semble mal le vivre. Il dit être persuadé qu’il ne
pourra plus jamais coucher avec des garçons d’une vingtaine d’années, que c’est fini, qu’il a laissé passer sa jeunesse, qu’il s’est résigné à se masturber, que ça lui est déjà arrivé de rester
un an sans coucher. Je lui rétorque qu’il est vraiment trop con, qu’il est super charmant, carrément sexy même, et qu’il pourrait se taper n’importe quel minet du Cud s’il le voulait. Il avoue
qu’il n’arrive jamais à faire le premier pas. Hum hum…Vous remarquerez la subtilité de l’échange, je lui ai gentiment laissé sous-entendre qu’il me plaisait, que j’avais une vingtaine d’années
etc… On retourne dans le bar. Je recroise « actuel / futur ou presque déjà ex boyfriend ». Il est en train de partir et me dit « appelle-moi pour récupérer ton
ipod ». Il a l’air vraiment triste. Ca me fait du mal. Mais en même temps, que faisait-il là ? S’il avait été plus chanceux, peut-être l’aurais-je retrouvé avec un autre en
arrivant. Je le laisse partir.
Garçon de la périphérie cherche son ami Marseillais. Je le regarde et je l’attrape pour lui donner un baiser maladroit. Durant quelques secondes, je ne sais vraiment pas ce qui va se passer.
Va-t-il me rendre le baiser ou me jeter ?
Il me le rend, et pas qu’un peu. Moi qui n’aime pas embrasser dans les bars, pour le coup j’ai oublié tout ce qu’il y avait autour pendant bien 10 minutes. Roulage de pelles passionné, Garçon de la périphérie embrasse comme un Dieu. Et il a le regard qui brille et un grand sourire pendant les fractions de secondes qui séparent nos embrassades. Il me dit qu’il est trop content, qu’il attendait ça depuis le début de la soirée, qu’il ne pensait pas me plaire. Il se lâche sur les compliments et déclarations, je préfère me dire que c’est l’alcool qui le rend comme ça. En tout cas, il me fait sérieusement décoller. Et alors qu’il me propose de passer la nuit chez lui, je ne peux qu’accepter.
Problème : Le marseillais a disparu après nous avoir vu nous embrasser. On le cherche, en vain. Le marseillais loge chez Garçon de la périphérie : compliqué. Mais mon serial kisser prend tout à la cool et me dit que son ami sait où il habite et qu’il rentrera tout seul, qu’il n’y a pas de soucis. Dans ma tête, je me dis quand même qu’avec un peu de malchance je plaisais un peu aussi au Marseillais et qu’il a mal pris l’emballage avec son meilleur pote. Mais Garçon de la périphérie ne semble pour sa part pas y penser une seconde. On se dirige vers les Halles pour prendre le RER. Il est 5h du matin, il faut attendre plus de trente minutes. Et là on décide de s’aventurer dans Les Halles, désertes. Grand moment à se plaquer l’un et l’autre contre les vitrines et à essayer de trouver des choses, des images, pour nous enlever la bosse du pantalon.
Finalement, en prenant le RER, on retombe sur Le Marseillais (il avait sympathisé au Cud avec des mecs qui ont tenté de l’amener au Dépôt, ce qu’il a refusé quand il a compris ce qu’était l’endroit en question). Il n’y a pas de malaise dans le RER entre nous trois. Juste un petit silence alors que Garçon de la périphérie lance à son meilleur ami que ce soir il dormira sur le canapé. Je ne donnerai guère de détails sur la fin de soirée, mais je peux vous dire que les garçons de la périphérie ont bien des ressources et ne font pas qu’embrasser comme des dieux ;)
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