Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /2010 20:16


house by the river lang

UN FILM DE FRITZ LANG

 

Conditions de visionnage : Vu en dvd dans le lit, en charmante compagnie. Dvd gagné grâce au blog Cinémaniac.

 

Stephen Byrne (Louis Hayward) est un écrivain raté. Tous les romans qu’il envoie aux éditeurs finissent toujours par lui revenir, creusant chaque jour un peu plus sa frustration. Un soir, alors que sa nouvelle bonne, la jeune et belle Emily (Dorothy Patrick), lui demande si elle peut prendre un bain dans sa maison, il accepte volontiers. Mais il se retrouve alors emparé d’un certain désir, une pulsion. Sa femme est absente, il en profite. Alors qu’Emily descend gracieusement les marches, il l’observe dans le noir comme un animal qui guette sa proie. Mais la bonne n’est pas aussi docile qu’il le voudrait et les choses dérapent. Elle crie, il a peur que la voisine découvre ses écarts. Et sous la colère, tendu, il étrangle jusqu’à la mort la pauvre Emily. Quelques minutes plus tard, le frère de Stephen débarque. Il s’appelle John (Lee Bowman) et lui a déjà rendu de nombreux services. Mais cette fois-ci, les choses vont trop loin pour qu’il accepte de le couvrir. Stephen invente alors que sa femme est enceinte, qu’il faut que John l’aide, qu’il a retenu la leçon. Crédule, le gentil frère l’aide à tenter de camoufler le meurtre et a jeter dans le fleuve du coin le cadavre. Comme on pouvait s’en douter, le drame ne sera pas sans conséquences. Alors que Stephen décide d’utiliser l’incident pour écrire un nouveau roman, John culpabilise de plus en plus et s’attire des soupçons…

 

Avec House by the river, Fritz Lang dresse le portrait d’un artiste peu glorieux. Stephen Byrne se révèle vite être un incapable doublé d’un criminel. Plutôt que d’essayer de se repentir après avoir tué Emily, il décidera de tirer profit de cet horrible incident. Alors que l’enquête patauge, que le corps n’est pas encore retrouvé, on signale la disparition de la jeune fille dans le journal. Stephen s’arrangera pour que soit mis en avant le fait qu’elle travaillait chez lui et qu’il est romancier. Il surfera sur la vague pour faire des séances de dédicaces et c’est là qu’on lui dira que pour être un bon écrivain, il faut s’inspirer de ce qu’on connaît. Il décidera alors d’exploiter son crime pour écrire une histoire de meurtre épicée (pour faire naitre l'acte créatif, il fallait du sang). Seul le roman comptera alors, la vérité. Un roman qui l’amènera à des sautes d’humeurs constantes, à négliger sa femme Marjorie, à sombrer dans une certaine mégalomanie puis la folie.



house by the river classique
 

Si en apparence Stephen a vite oublié le meurtre, quand on y regarde de près on voit bien qu’il reste obsédé par celui-ci, par la cruelle vérité de son acte. Pendant ce temps, son frère John (le bon garçon de l’histoire, plus sensible et romantique, naïf aussi) morfle. Il n’arrive pas à composer avec sa complicité dans l’affaire. Nous avons là deux frères opposés, contraires. Au cœur du film, il y a le fleuve. Dès le départ, la gouvernante de Stephen gémit en disant que ce fleuve ne ramène que des saletés. Ce à quoi Stephen répond que ce n’est pas le fleuve qui est sale mais les gens. Resort de l’eau les débris des humains, leur monstruosité, le corps d’Emily. Le même fleuve pourrait être propre ailleurs, s'il entourait des gens moins repoussants. Stephen et John ont le même sang, mais ils ne prendront pas les mêmes directions. 

Au fil du temps, tout dérive, tout se confond. En jetant la dépouille d’Emily à l’eau, Stephen croira voir un éclair (alors qu'il ne s'agit en fait que d'un poisson). Quand il cherchera son corps quelques jours plus tard, il la confondra avec une branche et des algues…Se sentirait-il plus coupable qu'il ne le montre ? Son esprit serait-il en conflit avec son corps ?
House by the river est aussi bien un film d’oppositions que de doubles. Le bon et le mauvais frère, la servante et la femme (filmées de la même manière alors qu’elles descendent les marches du salon), l'acquis et le fantasme,  la fiction et la réalité…Il est d’ailleurs amusant de remarquer que Stephen ne croit qu’en la vérité de la fiction alors qu’il ne fait que mentir dans la réalité. Petit à petit, cet homme ordinaire révèle toute sa cruauté, se transforme en un être aussi détestable que faible. Mais gare au courant qui pourrait s’inverser…

Dans cette oeuvre rare, les oppositions, le bien et le mal, la répétition, se retrouvent au cœur d’une mise en scène tout simplement sublime, tirant le meilleur parti du noir et blanc. Un must.

 

Film sorti en 1950

Disponible dans le coffret DVD Fritz Lang « en noir et en couleur »

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Par Voisin Blogueur - Publié dans : Le blog cinéma
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Commentaires

Vu il y a très très longtemps (mais en solo, pour moi lol) et adoré à l'époque !
Ton récit m'a rappelé ce film qui s'était évanoui de ma mémoire... Ô vieillesse ennemie !!!
Commentaire n°1 posté par Foxart le 03/02/2010 à 11h44
Très bon film , excellent sur la noirceur humaine, sur notre potentielle monstruosité à tous. Les nuances avec le noir et blanc en imposent.
Réponse de Voisin Blogueur le 05/02/2010 à 20h38
Je viens de voir que le coffret contenait les merveilleux Le tigre du Bengale et Le Tombeau hindou !!!
A voir absolument, si ça n'est pas déjà le cas !
Commentaire n°2 posté par Foxart le 03/02/2010 à 11h46
non c'est pas encore le cas, je vais continuer le coffret alors :p merci !
Réponse de Voisin Blogueur le 05/02/2010 à 20h38
Oui, mais plus de noir et blanc, cette fois, mais des incroyables couleurs qui vont t'exploser à la gueule... A regarder d'une traite si possible, l'un étant la suite de l'autre !
Ces deux films sont dans mon top 5 de Lang.
Commentaire n°3 posté par Foxart le 05/02/2010 à 23h22

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