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UN FILM DE JASON REITMAN
Conditions de visionnage : vu au cinema La Bastille à Paris, en compagnie de mon nouveau “gay friend”. A noter que la projection a été interrompue en début et en fin de film suite à un problème de pellicule.
Ryan Bingham (George Clooney) n’est pas un mec très tendre. Véritable individualiste, égoiste, il fait des merveilles dans son travail. Travail qui consiste à aller licencier des gens qu’il ne connaît pas pour des entreprises qui n’ont pas le courage de virer elles-mêmes leurs loyaux employés. Un travail horrible, psychologiquement éprouvant à moins d’être sadique. Ryan ne l’est pourtant pas, il est juste totalement cynique. Outre son job, il donne des conférences durant lesquelles il encourage le public à délaisser tout sentiment, toute empathie, tout véritable lien affectif pour devenir une bête de compétition et un modèle de réussite sociale. Manipulateur, arrogant, intelligent, notre homme ne semble vibrer que pour atteindre son objectif : cumuler plus de 10 millions de miles. Ryan prend en effet très souvent l’avion pour son travail. Mais voilà qu’une de ses collègues zélées (Anna Kendrick) propose un nouveau système pour licencier les honnêtes gens : un système de vidéo conférence. Ce qui voudrait dire plus de voyages et donc plus de miles. Agacé, Ryan l’entraine avec lui sur le terrain pour lui montrer la réalité du métier et le manque de pertinence de son projet. Ils forment un drôle de duo, à l’opposé l’un de l’autre. Dans les hôtels, Ryan commence à fréquenter assidument une working girl tout aussi blasée que lui : Alex (Vera Farmiga). Ils s’éclatent au lit et ne se prennent pas la tête. Mais les choses pourraient bien changer…
Jason Reitman revient sur les écrans avec un film plutôt audacieux, entre comédie et film social. George Clooney y campe un séduisant salopard (tout comme pouvait le faire à une autre échelle Aaron Eckhart dans Thank you for smoking) , acteur et victime d’une société individualiste où tout n’est qu’égoïsme, carriérisme et consommation. Le personnage de Ryan est un véritable monstre, d’autant plus vénéneux qu’il apparaît comme sympathique. Il faut le voir détruire la vie de pauvres gens en feintant une certaine sensibilité alors qu’il ne pense qu’à les manipuler et ramener à son boss un bon score. Si les acteurs qui jouent les personnes licenciées en font un peu trop pour toucher notre corde sensible, In the air parvient toutefois à nous mettre mal à l’aise, à nous faire rire jaune sur l’absurdité de notre monde où des vies se font et se défont en quelques secondes. Les employés ne sont que des noms à barrer sur une liste.

Outre cet aspect social, le film de Reitman lorgne vers une étude des sentiments modernes. Car c’est bien connu : les deux éléments qui cimentent une vie, c’est le travail et
l’affectif (famille, amis, partenaire). Ryan trouve en Alex son double féminin. Elle est intelligente, friquée, bien conservée, et ne demande qu’à s’amuser. Mais alors qu’il se plait à la
désigner comme sa « régulière », sa collègue de bureau Natalie lui fait remarquer à quel point tout cela est vide et désespérant. Très bon personnage que celui de Natalie. Cheveux
tirés, type psycho-rigide, elle est dans un premier temps effrayante. Et puis elle découvre la vérité du terrain, la détresse des gens. Elle se fait larguer par son petit ami aussi. Et elle
s’effondre, se sent comme prise dans son propre piège , elle qui a inventé l’ultime moyen pour virer des gens sans se mouiller alors qu’elle a été larguée par son amoureux via
un texto. Le cinéaste dresse un constat assez pessimiste des relations humaines. Mais bien entendu, production américaine oblige, Natalie et son bon fond auront une influence sur Ryan
qui finira par envisager d’ouvrir un peu son cœur.
Tout en restant un divertissement de premier choix, aux qualités d’écriture indiscutables, In the air appuie parfois où ça fait mal. Il y a tout un segment durant lequel Ryan retrouve sa famille
(avec laquelle il a très peu de contact), à l’occasion du mariage de sa sœur. C’est le typique retour au bercail, Ryan y est comme un intrus face à la simplicité de vie et d’esprit apparente de
son entourage. Ce décalage est à la fois cynique et assez bouleversant. Comme le dit Ryan : le seul endroit où il se sent chez lui c’est dans les airs. Sans vie de famille, sans amis, sans
engagement amoureux, il avance avec assurance pour accomplir un idéal matérialiste sinistre. Il mérite son succès en détruisant la vie des autres ou en les convertissant à ses philosophies de
comptoir perverses. C’est sans doute un des personnages les plus intéressants que George Clooney a eu l’occasion de jouer depuis bien des années. Et si en fin de course le ton s’adoucit, que la
morale est presque sauve, In the air reste un bon compromis entre comédie et réflexion, entre cruauté et sensibilité. Sans être un grand cinéaste (la forme reste assez basique) , Jason Reitman
n’a pas son pareil pour nous raconter et nous faire adhérer à des histoires bien d’aujourd’hui. Et sans trop de manichéisme.
Film sorti en salles le 27 janvier 2010
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