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UN FILM DE MICHELANGELO ANTONIONI
Conditions de visionnage : vu au cinéma Le champo à Paris, en compagnie d’un collègue blogueur. Failli piqué du nom pendant les scènes de la Bourse mais les fulgurances de la mise en scène m’ont retenu.
Vittoria (Monica Vitti) et Riccardo (Francisco Rabal) ont visiblement passé une nuit blanche. Après des années en couple, plus rien ne va. Leur appartement est chic, moderne, peuplé d’objets de plus ou moins grande valeur. Tout est carré, étouffant. Vittoria n’en peux plus. Riccardo ne veut pas la laisser partir. Multiples déplacements dans cet espace à la fois immense et bizarrement soudainement réduit, comme une cellule de prison. La femme part, l’homme la suit. Ils marchent. Ils se séparent. Vittoria retrouve sa mère qui boursicote comme on mise au casino. Dans les parages, Piero (Alain Delon), un agent de change. Doucement mais surement il va courtiser Vittoria. Mais cette dernière résiste, a sans doute peur de se frotter à nouveau à l’ivresse et aux dommages de l’amour. Elle finira par céder…pour combien de temps ?
A la vision de L’éclipse, on ne peut s’empêcher de ressentir comme quelque chose de mathématique. Le spectateur est
hypnotisé par la mise en scène, les mouvements de caméra, ne peut qu’admirer le génie d’Antonioni qui parvient à instaurer une ambiance extrêmement singulière, nous faisant
passer d’une émotion à une autre. Il y a quelque chose de très aérien, presque surréaliste alors que tout semble pourtant archi calculé. On assiste à des moments de vie cruciaux du personnage de
Vittoria, femme indécise, perdue dans un monde où l’argent finit toujours par prendre le dessus. Après avoir quitté son bel attaché d’ambassade, elle retrouve sa mère en mordue de la bourse et
succombe au charme d’un jeune loup qui passe ses journées, la tête dans les chiffres, à jouer avec les économies et les destins des gens.

Difficile de ne pas faire un parallèle entre la bourse et l’amour. Dans les deux cas, il est souvent question de hasard et bien que certains pensent avoir en main la bonne stratégie, il suffit d’un rien pour que tout s’effondre. Œuvre contemplative qui joue autant des mots que des regards, qui filme avec le même mystère les personnages que les décors ou les objets, L’éclipse est à la fois sensuel en diable et terriblement glacial. On passe d’une extrême à l’autre à tous les plans : il règne une infinie mélancolie mais soudain il y a un éclat d’humour ou un éclat du cœur, l'agitation cède la place à un calme presque effrayant. Vittoria et Piero marchent, se cherchent, se frôlent. Un jeu quasi enfantin, l’impression de flotter, d’être là sans être là, de s’embrasser sans pouvoir être sûr de s’aimer, de cultiver le fantasme et d’évoluer dans un entre deux loin de la réalité.
Piero joue avec l’argent des autres et aimerait jouer avec le cœur de Vittoria. Il se fait voler sa voiture par un clochard, on retrouve la voiture sous l’eau, le clochard est mort. Mais on y prête pas plus d’attention que ça. C’est comme si les évènements n’avaient plus aucun impact. Petit à petit se dessine le portrait d’une sorte d’impossibilité amoureuse. N’y aurait-il au bout du compte que des rendez-vous manqués ? Quel est ce monde dans lequel Vittoria et Piero évoluent, déambulent comme des fantômes ? Fin du long-métrage avec une atmosphère étrange, une musique digne d’une œuvre de science fiction. L’éclipse arrive, place au vide, les cœurs sont secs. Vénéneux.
Film sorti en 1962
Reprise le 6 janvier 2010
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