
Copyright : Gaumont
UN FILM DE MAX OPHÜLS
Louise (Danielle Darrieux) est une comtesse admirée de tous qui est connue pour dépenser sans compter. Elle est mariée à André (Charles Boyer), un général avec qui elle fait chambre à part. L’homme voit bien que la comtesse continue de faire tourner les têtes mais il s’en amuse plus qu’autre chose. Le lendemain de leur mariage, il lui avait offert de magnifiques boucles d’oreilles avec des cœurs en diamant. Pour payer une dette, Louise décide de les revendre au bijoutier qui l’avait spécialement conçu pour elle. Elle lui demande de rester discret et invente un mensonge pour son mari : elle dit être persuadée de les avoir perdu. Mais alors que la presse parle d’un possible vol des précieuses boucles, le bijoutier trahit la confiance de sa cliente et va retrouver le général pour lui dévoiler la vérité ! Le mari ne s’offusque pas tant que ça de la nouvelle, lui-même faisant des cachoteries (il a une liaison avec une belle italienne prénommée Lola). Il offrira les boucles à sa maitresse alors qu’elle le quitte pour vivre à Constantinople. Mais une fois là bas, elle troquera les boucles contre de l’argent pour jouer au casino. Le bijou finira par arriver entre les mains du séduisant Baron Fabrizio Donati (Vittorio De Sica)…qui aura un coup de foudre pour la comtesse Louise. Nombreux quiproquos en prévision ?
Le film s’ouvre sur la comtesse qui cherche quelque chose à revendre. Elle choisira ses précieuses boucles d’oreilles. L’abandon de ce
bijou symbolique et la malice avec laquelle la femme ment à son mari montrent bien que leur couple bat de l’aile, qu’elle est ailleurs. Louise apparaît d’abord comme une femme manipulatrice et
futile. Mais nous découvrirons un autre aspect de sa personnalité via sa rencontre avec le Baron. Elle prévient ce dernier : il n’y a rien à espérer d’elle. Elle aime séduire, jouer, mais ne
s’attache au final jamais, reste liée à son époux. Sauf que pour une fois, le véritable amour frappe à la porte.

Madame de… Un titre amusant en clin d’œil au fait que l’on ne parvient jamais à savoir le véritable nom de la comtesse. Un titre qui pointe aussi le tiraillement intérieur de cette femme qui se retrouvera dans la tourmente quand elle réalisera que le Baron est bien l’homme de sa vie, soit celui dont elle voudrait porter le nom. Alors que le scénario (qui est une adaptation pas très fidèle du livre de Louise de Vilmorin) se dirige lentement vers une issue tragique, Ophüls n’oublie jamais l’humour. Son film comporte de nombreux pics face à tous ces gens titrés, qui ne vivent que sur des apparences et passent leur temps à tromper leur monde. Chaque personnage pense avoir une longueur d’avance sur l’autre mais se trompe.
Il y a une magnifique scène de bal entre la comtesse et le baron. Ils ne s’arrêtent pas de danser, les semaines passent, tout tourne,
elle lui dit au départ qu’elle ne l’aimera jamais, il demande des nouvelles de son mari...Et puis les choses changent entre deux rythmes. On comprend que le réel, le quotidien, n’importe plus
pour ces deux-là, ils ne vivent plus que pour se retrouver. Dans ce long-métrage virtuose, il est avant tout question de grands hasards et de répétitions. Les boucles d’oreilles passent de main
en main, la situation devient comique à la longue (le bijoutier parvenant à plusieurs reprises à récupérer le bien pour le revendre au général). On retrouve aussi souvent les mêmes lieux, les
mêmes situations (les bals, l’église, la gare ; les promesses se répètent autant que les mensonges).
Si la chance, le destin, peuvent mettre l’amour sur notre chemin, encore faut-il être assez raisonnable pour savourer ce bonheur et évoluer. Le problème de la comtesse vient de sa nature profonde : elle joue avec l’amour comme d’autres jouent au casino. Elle prend des risques, ne parvient pas à s’arrêter au bon moment, continue de mentir encore et encore (à elle-même puis aux autres). Madame de…est ainsi le triste portrait de sa déchéance. En voulant chaque fois à tout prix sauver les apparences, elle perdra l’essentiel et provoquera le pire…Entre drame et peinture d’un milieu social sous le signe de l’humour, entre la raison et la passion, Madame de…est une œuvre virtuose, portée par une magnifique Danielle Darrieux perdue dans le jeu de l’amour et du hasard.
Film sorti en 1953
Disponible dans le coffret DVD Max Ophüls édité par Gaumont

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