Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /2009 17:25




UN FILM DE PHILIPPE VALOIS

 

1943, Lot et Garonne. Guy (Serge Avedikian) vit seul dans sa modeste maison. Le jeune homme est un peu fou, faible, solitaire malgré lui. De temps en temps, il couche avec Jeanine (Catherine Albin), une des rares filles du village. Il va aussi de temps en temps au bordel…Un jour, il trouve près de sa maison un jeune allemand blessé. Il va le recueillir chez lui et rapidement va se lier une amitié. L’étranger s’appelle Rolf (Piotr Stanislas) , il était jadis membre des jeunesses hitlériennes. A priori, tout est réuni pour que les deux garçons s’opposent. Mais pour la première fois, l’un comme l’autre trouve un être avec qui partager son quotidien. Ils ne pourront plus se passer l’un de l’autre. Mais si Guy s’et beaucoup attaché à Rolf, il semblerait qu’ils ne perçoivent pas leur relation de la même façon. En effet, Rolf est attiré par son nouvel ami et brule de plus en plus d’envie de l’embrasser. Est-ce de l’amour ? De l’amitié fusionnelle ? Une relation forte entre un français un peu attardé et un allemand sur le point de déserter peut-elle bien finir ?

 

Sorti sur les écrans français en 1979, Nous étions un seul homme (titre au passage très joli) est une œuvre qui déborde de charme. Les deux personnages principaux sont extrêmement attachants, on comprend vite leur terrible solitude et à quel point leur amitié naissante les ramène à la vie. Guy a encore la folie d’un petit garçon, il passe son temps à jouer, à faire des petits tours de magie, à dessiner des portraits de gens qu’il aime. Il peut très vite s’emporter, perdre pied. Sa rencontre avec Rolf va l’animer mais aussi lui faire du mal : insupportable lui est l’idée d’un jour perdre cette personne qui est entrée dans sa vie comme par magie. Avec parfois quelques maladresses de jeu mais toujours avec une belle authenticité et une certaine grâce, Serge Avedikian compose un personnage borderline à souhait, d’une infinie sensibilité.




 

Dans un bled paumé où il n’y a rien à faire, où la menace allemande plane, les deux garçons vont se créer leur propre monde, s’amuser comme des gosses. L’insouciance sera troublée par le désir de Rolf. Un personnage incarné par le très beau et sensuel Piotr Stanislas, grande figure du cinéma porno français (qui avait eu le courage de revendiquer sa bisexualité publiquement à l’époque). Ce ne sera pas son seul film « traditionnel » et tant mieux car ce mec est une mine d’émotions, on ne se lasse pas de le contempler, d’admirer son regard...Le long-métrage de Philippe Valois joue de la frustration, de l’ambigüité : on attend qu’il y ait un passage à l’acte, la relation entre Guy et Rolf apparaissant très vite comme une évidence. Mais les garçons ont un rapport enfantin, pur, partagent des activités de campagne, dites viriles.

 

Jamais plombant, peuplé d’instants poétiques (de par la réalisation qui capte la beauté pas si ordinaire de la campagne ou par des dialogues simples mais qui vont droit au cœur), Nous étions un seul homme est l’histoire d’une rencontre magnifique, du bonheur de trouver quelqu’un avec qui partager des choses (même la fille de l’histoire, Jeanine, évoluera avec l’arrivée de Rolf, non sans frustration mais avec une bienveillance en forme d’appel à la tolérance assez touchant). Grâce à sa justesse et sa sobriété, le film n’a pas pris une ride et continue de fasciner et d’émouvoir.

 

Film sorti en 1979

Disponible en dvd

Par Voisin Blogueur - Publié dans : Le blog cinéma
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