Cette chronique musicale est un peu particulière, car elle va traiter d’un disque qui n’existe pas...ou du moins pas vraiment. Le premier opus de SuperBravo (projet solo
d’Armelle Pioline, chanteuse d’Holden) n’est pas disponible à la vente, ni physiquement ni digitalement. Pour cette expérience musicale qu’elle a voulu libre,
l’artiste a simplement créé un petit jukebox virtuel, offert à tous. L’occasion de savourer huit titres passionnants qui témoignent de ses influences variées et de son incroyable talent : où
qu’elle aille, elle fait des merveilles. Et bien qu’elle qualifie SuperBravo de récréation, A space without corner (titre donné à ce recueil de chansons mélancoliques et
romantiques), est bel et bien un des disques les plus réjouissants de ce début d’année.
L’aventure commence avec Killing Me, probablement le titre le plus « holdenien ». Une ballade qui nous plonge dans un ciel étoilé, l’âme dans la brume. Une merveille pop sur les paradoxes de l’amour, la soif de passion et la peur de l’attachement, de l’abandon d’une certaine indépendance. Alors qu'avec une façon presque candide la chanteuse balance « Just in case you’ll never come back, i wanna tell you that i love you », difficile de retenir son émotion.
Avec un ton plus léger, presque country, Cars nous entraine dans une ambiance totalement différente. La mélancolie n’est jamais loin, le mélange des genres saupoudré d’arrangements électros discrets fait mouche. On parlait du côté récréation de l’affaire, si on devait le sentir ce serait indéniablement sur le morceau Multiply the rain. Un instant pop, aux paroles simples, un peu naïves. C’est entêtant et lumineux. Qu’on se le dise : A space without corner nous fait passer par tous les états et prend des allures de boite à trésors. Presque de nulle part surgit Dewdrop, titre down tempo, aux inspirations dub et trip-hop. Atmosphère embuée, triste, sensuelle. C’est aussi surprenant que planant et on commence à se dire qu’il est déjà trop tard : on est pris dans les filets de SuperBravo, on en tombe amoureux.
Et puis vient One of it. Et là je jouis. La pop se frotte au rock pour ce qui constitue un tube absolu, donnant envie de se déhancher tout en partant très très loin. Le plaisir est là et il n'est jamais coupable. Et à peine est-on remis de ce moment de bonheur qu' on retourne vers un certain spleen avec A space without Corner. Après une reprise de Syd Barrett (Wined and Dined) et une virée aux accents country pop (Motherland), Armelle Pioline s’en va, nous laissant avec une seule envie : réécouter encore et encore cette production modeste mais ô combien maitrisée, touchée constamment par la grâce.
Alors foncez vers ce jukebox virtuel (qui ne restera peut-être pas longtemps en ligne). Et moi je croise les doigts très fort pour que quand même tout cela sorte un jour sur un label, que je puisse écouter ces pépites partout en les chargeant sur mon ipod. Après avoir illuminé mon année 2009 avec Holden, Armelle Pioline sous les traits de SuperBravo fait commencer 2010 avec une beauté inespérée.
Lien vers le fameux jukebox
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