Copyright : Carlotta
UN FILM DE MORRIS ENGEL
Bea (Viveca Lindfors) et Al (John Myhers) vivent dans le quartier de Little Italy à New York. Ils tiennent un magasin de photographie dont le nom est « Weddings and babies ». Ensemble ils photographient donc des mariages, des bébés, et Al filme aussi des festivals en espérant un jour récolter assez d’argent pour tenter de devenir un véritable réalisateur. Alors que le couple se rend à son centième mariage, Bea broie un peu du noir : cela fait un bon moment qu’elle espère que Al la demandera en mariage, qu’ils formeront une famille. Mais ce dernier refuse de s’engager, pensant que la situation financière dans laquelle ils se trouvent ne les autorisent pas à prendre ce genre de risques. Al doit aussi s’occuper de sa mère (Chiarina Barile), veuve vieillissante, qui commence à perdre la tête et ne semble plus apte à vivre seule. En l’espace de quelques jours Bea et Al vont être amenés à faire le point sur leur relation et leur futur…
Morris Engel nous plonge dans le quotidien de deux êtres qui s’aiment mais n’attendent pas les mêmes choses quand il
est question de futur. Le couple de Bea et Al devient rapidement irrésistible car ils sont authentiques, filmés avec beaucoup de sensibilité, de justesse. Et on parvient à les comprendre tous les
deux. Elle qui entend parler toute la journée de mariages et de bébés et qui en est privée. Lui qui aimerait tant réaliser son rêve de devenir cinéaste mais qui financièrement ne peut vraiment se
le permettre. Si on tombe souvent d’accord avec les observations de Bea, si on partage ses frustrations, le personnage de Al est pour sa part passionnant.
Un homme qui ne se sent pas apte à devenir un mari, un père, un adulte. Car il est encore un fils, un enfant qui rêve. Et s’il est loin d’être le compagnon idéal, il n’est pas non plus l’enfant le plus généreux du monde. Un poil pessimiste, notre homme ne lutte pas vraiment pour apporter à ceux qu’il aime ce qu’ils attendent de lui. Alors que sa mère se retrouve seule, à la dérive, il la place dans un foyer. La vieille dame fait peine à voir, finira par s’échapper du foyer pour érer dans la ville. Un beau et terrible portrait du temps qui passe, de la solitude qui accompagne trop souvent les personnes âgées. Après toute une vie, la mère de Al est comme une enfant, a besoin d’aide, d’être entourée, il faut l’empêcher de se perdre, d’exécuter ses lubies. Mais Bea et Al ont leurs propres problèmes et ne sont pas assez disponibles pour elles.
C’est la bonne idée de Weddings and Babies : le cycle de la vie, un peu sinistre. Bea donnerait tout pour se marier, avoir un enfant. Mais peut-être bien qu’un jour elle finira comme la mère de celui qu’elle aime : seule, délaissée par son enfant, seule chose qui lui reste pourtant dans la vie. On vibre avec les personnages, tous très attachants, on traverse les quartiers, on déambule dans le festival qu'Al filme... Morris Engel aime les gens, il les comprend, et il délivre des portraits d’une infinie tendresse sans jamais être mièvre. Weddings and Babies est donc à la fois un brillant portrait sur le couple, sur le temps, ponctué de moments fantaisistes ou très émouvants. Une belle découverte.
Film sorti en 1958
Disponible dans le coffret « Pionniers du cinéma indépendant américain», avec Le Petit Fugitif et Lovers and lollipops, éditions Carlotta
Sortie DVD le 17 novembre 2009
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