Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /2009 13:41



Copyright : ED Distribution

UN FILM DE GUY MADDIN

 

Suite à une commande, le réalisateur Guy Maddin nous livre un docu-fiction sur sa ville canadienne natale : Winnipeg. Comme à son habitude, il nous offre une véritable soupe d’images. Des images superbes qui se succèdent, se mélangent, se répètent, alors que le cinéaste s’octroie le rôle du narrateur. Pendant ce temps le comédien Darcy Fehr joue le rôle de Guy Maddin et Ann Savage celui de sa mère. Le spectacle est dense, défile à toute vitesse, ne cesse de susciter émotion et curiosité. Ne cherchons pas à savoir ce qui est vrai ou faux, documentaire ou fiction. L’essentiel est de croire à ce divertissement qui capture une fois de plus la grâce du cinéma muet pour livrer une histoire intemporelle et qui va souvent droit au cœur.

 

Guy Maddin partage avec nous son rapport à la ville de Winnipeg. Le territoire de son enfance, celui qu’il a toujours voulu fuir mais non sans mal. L’attachement est là, les souvenirs aussi. L’auteur reconstitue avec ses acteurs des moments clés de sa jeunesse, anecdotiques (en apparence) ou traumatisants. Il y a cette mère à qui on ne la fait pas, intrusive, objet d’amour et aussi de craintes, insaisissable. Il y a cette maison familiale, ce cube. Le souvenir d’une ville passe donc d’abord par notre propre existence, par ce qu’on y a possédé. C’est souvent ce qui nous rattache à un endroit, les fantômes ne s’en vont jamais. D’un point de vue très personnel, Maddin élargit son champ de vision à l’histoire de la ville comme il l’a perçu.




 

Une petite ville dont toutes les bonnes initiatives ont abouti à une démolition (au sens propre comme au figuré). La NHL qui brise les héros de hockey locaux et la vie du père de Guy par la même occasion, la piscine sur plusieurs étages qui n’en a finalement plus qu’un avant de disparaître, les courses qui s’achèvent…Avec beaucoup de sensibilité, par la force des mots et la poésie des images, Guy Maddin nous amène à nous sentir concernés par le sort de cette ville qu’on ne connaît pas. Car il y a un véritable regard, car à travers les changements, les désillusions de la ville, on suit avant tout la perte de l’innocence du cinéaste.

 

Winnipeg, ville des somnambules, ville où il n’y a plus grand-chose. On avance en dormant dans des rues qui ont perdu leur charme, où l’on est obsédé par les fantômes de personnes ou de lieux. Il reste des photos, des idées. Un voyage sensoriel, obsessionnel, une folie créatrice dotée d’un charme inouï. Et comme à son habitude, Maddin opte pour la carte de la nostalgie sans jamais être mièvre. Mêlant tendresse et traumatismes, humour et névroses (la sitcom de la mère avec dans chaque épisode un homme qui veut se jeter dans le vide), montrant certains actes, certains souvenirs sous des aspects troubles, d’un érotisme parfois dérangeant (les petits jeux des garçons de la piscine, le défilé de modèles masculins). Une nouvelle œuvre originale, inspirée, très riche, d’un cinéaste précieux.

 

Sortie en salles le 21 octobre 2009

Par Voisin Blogueur - Publié dans : Le blog cinéma
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