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Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries,gay) et futilités.

Copyright : Mars Distribution
UN FILM DE PATRICE CHEREAU
Daniel (Romain Duris) travaille sur des chantiers. Pour l’argent ou quand ça lui prend, il va et vient au gré de ses envies. Il est en couple depuis trois ans avec Sonia (Charlotte Gainsbourg), une femme qui dès leur première rencontre l’a choisi. Mais depuis quelques temps, le quotidien de Daniel a changé. Dans le métro, dans la rue, partout, il scrute les gens qui l’entourent et ressent le chagrin qui les envahit. Peu à peu, il se sent comme un étranger en ce monde, n’arrive pas à se faire comprendre et cède à l’appel de la colère. Alors qu’il commence à douter des sentiments de Sonia à son égard, il va réaliser qu’il n’est pas aussi seul qu’il le pensait. Quelqu’un l’observe, le suit. Un homme (Jean-Hugues Anglade). Un fou qui le persécute, pense-t-il. Qui est donc cet inconnu ? Qu’attend-il de lui ? Qu’est-ce qui nous lie ou nous éloigne les uns des autres ?
Première scène dans le métro. Quelqu’un mendie, demande un euro. Personne ne répond, personne ne donne. Le mendiant se met alors à
gifler une personne. Daniel, présent dans le wagon se permet à sa sortie d’aller voir la femme offensée. Rien de bien surprenant pour cet homme curieux des autres et de la vie. Daniel se cherche.
Une quête intérieure, l’envie de s’intégrer dans ce monde, de le comprendre. Une quête angoissante. Le début du film est très étrange, silencieux. On ressent la solitude de Daniel sur son
chantier. Les personnages chuchotent, ont souvent du mal à se faire entendre. Daniel a deux amis : Michel, qui semble constamment en dépression et Thomas, qu’il considère comme son frère.
Daniel a une petite amie : Sonia, qui a été promue et qui se déplace souvent à l’étranger. Ils ne se voient pas souvent, communique fréquemment par téléphone ou répondeur
interposé.
Ce qu’on retient d’abord de ce Persécution, c’est l’extrême solitude qui habite chacun des protagonistes. Il y a ceux qui avancent sans se poser de questions et ceux qui ne peuvent s’empêcher d’analyser, de chercher le vrai. Daniel et ses amis font partie de ceux là. Mais cette quête de sens rend Daniel de plus en plus sensible, de plus en plus faible. Presque paranoïaque. Chaque geste, chaque phrase prononcée, semblent pouvoir avoir un impact désastreux. Il est comme un enfant, un enfant qui a peur, un enfant en colère. Pas facile de composer avec la réalité, de faire avec la complexité de son prochain. Surtout en amour, rien n’est jamais simple. Les sentiments peuvent venir et s’en aller, la compréhension a ses tristes limites. Chacun semble attendre de façon plus ou moins explicite une main tendue, quelque chose ou quelqu’un qui puisse le sortir de la torpeur, d’un quotidien qui donne le vertige.
Au loin, un homme épie Daniel. Ce dernier va d’abord enrager, ne pas supporter cette sensation d’être harcelé, persécuté. Et puis il
va l’écouter. Cet inconnu est tombé fou amoureux de lui, a analysé sa vie de près et de loin, a vu des choses que Daniel est incapable de voir. Nous-mêmes, spectateurs, sommes dans cette
position. Daniel ronchonne car sa copine ne se lie pas assez avec son meilleur ami Thomas. Mais il est évident que s’il y a distance entre eux, c’est avant tout parce qu’il y a une
attirance.
Quelle est donc cette Persécution qui donne son titre au film ? La persécution du quotidien, d’une société individualiste où chacun prétend trop souvent être ce qu’il n’est pas. Mais aussi et surtout la persécution plus ou moins consciente que chacun exerce sur l’autre. En amour et ailleurs, nous persécutons et sommes persécutés, nous donnons ou demandons sans recevoir. Comment se sentir à l’aise dans cet univers où chacun est un poids pour l’autre, ou la sensibilité d’un être qui nous a séduite finit par nous détruire ? Patrice Chéreau nous offre un film aussi beau que douloureux, à la sensibilité extrême. Si le trio d’acteurs (Duris/Gainsbourg/Anglade) est parfait, Romain Duris tire son épingle du jeu dans le rôle d’un homme-enfant à vif, confronté à ses peurs, son passé. Les scènes avec le « persécuteur » sont très intrigantes, comme irréelle. On parle ici à cœur ouvert (scénario et dialogues sublimes). C’est bouleversant, ça fait mal et ça fait réfléchir.
Sortie en salles le 9 décembre 2009

Patrice Chéreau sur Tadah ! Blog : L’Homme Blessé, Ceux qui m’aiment prendront le
train, Son frère
Publié le 26/11/2009 à 12h51 dans Le blog cinéma