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Tadah ! Blog cinéma, musique, séries, culture de Voisin Blogueur

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Carnet de route culturel (cinéma, musique, séries,gay) et futilités.

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Le portier de nuit :sado-masochisme post Shoah



 


UN FILM DE LILIANA CAVANI

 

Conditions de visionnage : vu un samedi soir cocooning au lit. Merci à Cinémaniac pour le prêt du dvd ;)

 

Max (Dirk Bogarde) travaille comme portier de nuit dans un grand hôtel. Fréquemment, il retrouve d’autres hommes pour des procès-thérapies, sorte de réunion visant à déculpabiliser les personnes comme lui et tirer un trait sur le passé. Mais quel passé ? Max a participé à la Shoah et il s’en est donné à cœur joie avec ses collègues. Ensemble ils humiliaient leurs victimes. Un passé sulfureux , dangereux, qui s’il est découvert pourra briser la vie de ces anciens bourreaux volontaires. Un jour, Max recroise le chemin de Lucia (Charlotte Rampling), une femme qu’il a connu pendant la Shoah alors qu’elle n’avait que 15 ans. Une femme dont il a abusé sexuellement…du moins au début. En effet, Lucia avait fini par prendre en quelque sorte son pied dans ces humiliations et était devenue au fil du temps une victime volontaire. Pour Max, comme pour Lucia, les retrouvailles réveillent des souvenirs enfouis, troubles. Lucia est désormais une lady, femme d’un chef d’orchestre. Dans un premier temps, elle est paniquée à l’idée de savoir que son ancien maitre/bourreau est dans le même hôtel qu’elle. Puis, étrangement, elle va décider de revenir vers lui. Ensemble ils vont reprendre une relation sado-masochiste, tordue à l’extrême, dans laquelle se mêlent traumatismes, excitation et amour. Le retour de cette liaison n’est pas pour plaire aux amis ex nazis de Max. Ils lui demandent de tout arrêter. Mais il refuse…

 

Le portier de nuit est devenu avec le temps un film culte à la réputation ô combien sulfureuse. Sorti en 1974, l’œuvre avait provoqué un énorme scandale, fut interdite ou censurée dans de nombreux pays. En 2010, elle demeure introuvable en dvd sauf en import. Il faut dire que Liliana Cavani touche à un sujet ultra sensible : la Shoah. Et y mêler une romance sado-masochiste, montrer une victime consentante, qui prend du plaisir dans l’humiliation la plus totale qui plus est dans un contexte qui a traumatisé tous les peuples, ce n’est plus de l’audace c’est presque un suicide artistique. Avec pareil scénario, Le portier de nuit est donc sans trop de mal un des films les plus fous, les plus vénéneux et les plus scandaleux de toute l’histoire du septième art.




 

A la vie présente de Max et Lucia se mêlent les rudes souvenirs du passé. Très vite Max fut obsédé par elle à l’époque. Elle n’avait que 15 ans, il l’appelait sa « Little Girl ». Nul doute qu’il a été le premier à explorer son corps. Au fil des scènes, on suit l’initiation de Lucia : d’abord tendue, ressentant tout le poids de l’humiliation et puis elle finit par devenir joueuse, par prendre du plaisir. Le point culminant est une scène où elle porte la tenue SS, sans haut, les seins à l’air. Elle se prend pour Marlène Dietrich et ensorcèle les nazis autour d’elle. Une scène qui résume parfaitement le film : c’est extrêmement dérangeant, malade, mais en même temps c’est d’une sensualité à couper le souffle. Charlotte Rampling a rarement été aussi juste et aussi belle : elle ensorcèle aussi les spectateurs et les rend complices de tous ses vices. Diabolique.

 

Liliana Cavani ne fait pas trop dans l’explicite, elle préfère donner au sujet une approche plus psychologique et sensorielle. Le portier de nuit est un long-métrage qui interroge notre rapport à la morale, qui fait voler en éclat tout constat historique manichéen. Qui de Max ou de Lucia est le plus malade ? Ils sont probablement au même niveau de perversion. Lui prenant son plaisir à initier une jeune fille, à la soumettre à des jeux violents, guidé par une idéologie intolérable. Elle faisant son éveil sexuel dans la douleur, se destinant peut-être à ne plus pouvoir prendre de plaisir autrement. Ce qui est passionnant avec leurs retrouvailles, c’est que la relation s’inverse parfois. Lucia est désormais d’un niveau social plus élevé, si elle le voulait elle pourrait témoigner contre Max et le faire tomber. Elle l’initiera d’ailleurs à son tour aux plaisirs masochistes en le faisant marcher malgré lui sur des bouts de verres. Et il y prendra un grand plaisir. Néanmoins, Lucia aimera se retrouver à nouveau soumise, façon de retrouver une certaine extase qu’elle ne peut sans doute pas s’expliquer.




 

Le portier de nuit c’est surtout ça : deux êtres qui prennent du plaisir dans les rapports sado-masochistes, qui découvrent le désir et l’amour dans la plus grande des violences. Ils décident de passer outre la morale, le monde extérieur, et de juste se livre à ces jeux dangereux, inexplicables mais tellement jouissifs. Emportés par leurs passion, ils finiront comme seuls au monde, cloitrés dans un appartement, prêts à mourir. Et ils finiront par remettre leurs costumes d’antan : elle en petite robe saumon virginale, lui avec som imposante panoplie SS.

 

Récit d’une passion folle et atypique, d’un amour qui ne peut pas exister aux yeux des autres, Le portier de nuit est une véritable aventure cinématographique et psychologique. La réalisation est sublime, entre zooms et sensualité dérangeante. Les acteurs offrent des performances que peu d’artistes seraient prêts à livrer de nos jours. Aussi traumatisante que bouleversante, cette œuvre borderline n’a pas fini d’hanter les esprits cinéphiles.

 

Film sorti en 1974

Disponible en dvd import

Publié le 24/01/2010 à 15h45 dans Le blog cinéma

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